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Tome troisième.
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DE L’ABBÉ DE CHOISY. 33

Si les souverains ne permettent pas qu’après trois ou quatre siè-cles, et même beaucoup plus tôt , l’histoire dise qu’un prince aété imbécile ou méchant, il faut ou renoncer à écrire l’histoire,ou se sentir assez de courage pour ne pas sacrifier l’histoire auxprinces.

Quoi qu’il en soit, ces différentes histoires de l’abbé de Choisysont écrites avec le même agrément, le même naturel, la mêmefacilité de style qui caractérisent tous ses ouvrages. On prétend ,il est vrai, qu’elles ne sont pas fort exactes, et rien n’est plusaisé à croire ; mais elles ont du mouvement et de la vie; elles sefont lire, et sont du moins supérieures, par cet avantage, àbeaucoup d’autres histoires , qui, très-ennuyeuses sans en êtreplus vraies , n’ont ni le mérite d’amuser , ni celui d’instruire ,et qu’on peut appeler les derniers des mauvais romans ; cellesde l’abbé de Choisy méritent au moins d’être placées parmi lesbons.

Nous en dirons autant de la Vie de S. Louis, que notreacadémicien donna quelques années après ( 10 ) ; cette vie , quoi-que composée en trois semaines, fit presque tomber celle qu’avaitécrite le pieux M. de La Chaise, sous les yeux des solitaires dePort-Royal ; ouvrage exact et véridique , mais dont le style fai-ble et languissant fut effacé par la plume élégante et superfi-cielle de l’abbé de Choisy, quoique cette plume ne fût ni assezgrave pour écrire la vie d’un Saint sur le trône, ni assez philoso-phique pour tracer le portrait d’un prince, dont le règne offrepartout le contraste piquant de la simplicité de sa dévotion avecl’élévation de son âme , de l’éducation que lui donna l’ignoranceavec celle qu’il ne dut qu’à son génie , et des erreurs qu’il tenaitde son siècle , avec des lumières qu’on croirait du nôtre.

Si l’abbé de Choisy n’était pas savant , il était au moins très-éloigné de vouloir le paraître. On en voit la preuve dans le comptenaïf qu’il rend à un ami de ses conversations , ou plutôt de sonsilence avec les savans missionnaires qu’il avait trouvés dans sonambassade de Siam. J’ai, dit-il , une place d’écoutant dansleurs assemblées, et je me sers souvent de votre méthode ; unegrande modestie, point de démangeaison de parler. Quand laballe me vient bien naturellement, et que je me sens instruit àfond de la chose dont il s’agit, alors je me laisse forcer, et jeparle à demi-bas , modeste dans le ton de la voix aussi bien quedans les paroles. Cela fait un effet admirable ; et souvent, quandje ne dis mot, on croit que je ne veux pas parler; au lieu que labonne raison de mon silence est une ignorance profonde, qu’ilest bon de cacher aux peux des autres. On voit par ce modesteaveu , que du moins l’abbé de Choisy ne ressemblait pas à tant3. . 3