38 NOTES SUR L’ÉLOGE
gcmeiit pour un confrère. Les détails de cette aventure, qui n'était faiteque pour l’oubli, ont été conservés dans l’ouvrage très-peu édifiant qui apour titre : Histoire de la comtesse des Barres , espèce de roman parla singularité des faits, mais histoire par la vérité. Cet ouvrage fut attri-bué , lorsqu’il parut, à un ami de l’abbé de Choisy, qui a toujours niéd’en être l'auteur, et d’avoir rendu un si mauvais service à sa mémoire.
(4) On ne sera peut-être pas fâché de trouver ici en détail les expres-sions plus qu’énergiques par lesquelles l’abbé de Choisy exprimait safrayeur religieuse dans la maladie mortelle dont il lut atteint.
« La mort de la reine, dit-il dans la peinture qu’il nous a conservéede cette maladie, m’avait fait faire à peine quelques réflexions, quand toutà coup je me sentis accablé par une fièvre violente. Mes forces, au boutde trois jours , furent perdues, mon cœur abattu. J'envisageai la mort jque j’avais cru si éloignée. Bientôt après j’en vis tout l’appareil effroya-ble. Je me vis dans un lit entouré de prêtres , au milieu des cierges fu-nèbres, mes parens tristes , les médecins étonnés ; tous les visages m’an-nonçant l’instant fatal de mon éternité. Oh ! qui pourrait dire ce que jepensais dans ce moment terrible ! car si mon corps était abattu, si jen'avais quasi plus de sang dans les veines , mon esprit en était plus libreet ma tète plus dégagée. Je vis donc, ou je crus voir les deux et les enfers.Je vis ce Dieu si redoutable sur un trône de lumière environné de sesanges. Il me semblait qu’il me demandait compte de toutes les actionsde ma vie , des grâces qu’il m’avait faites , et dont j’avais abusé ; et jen’avais rien à lui répondre, rien à lui offrir pour satisfaire à sa justice.Je voyais en même temps les abîmes ouverts prêts à m’engloutir; lesdémons prêts à me dévorer ; les feux éternels destinés à la punition demes crimes. Non, on ne saurait s’imaginer ce que c’est que tout cela , sion n’y a passé. Car ne croyez pas, dans cet état, quand l ame est prêteà se séparer du corps, ne croyez pas qu’on voie les choses comme nousles voyons présentement ; les mystères les plus incompréhensibles pa-raissent clairs comme le jour ; l’âine , quasi dégagée de son corps , a desclartés nouvelles ; nous voyons la justice de Dieu qui nous va punir, etnous ne présumons plus de sa miséricorde. Pour moi, je vous avoue quej'eus grande peur. Je demandai pardon à Dieu de tout mon cœur.J'aurais bien voulu avoir le temps de faire pénitence , mais la mort metalonnait de près. J’avais entendu les médecins dire : IL ne sera pasen vie dans deux heures. Que faire donc? quel parti prendre? Je nesentais rien, je ne me souvenais de rien qui pût me donner la moindreespérance. Je ne me voyais aucun moyen de racheter mes péchés parl’aumône ; enfin, toutes les portes du ciel me paraissaient fermées. J’avaispourtant reçu tous mes sacreinens , et m’étais préparé le mieux quej'avais pu à ce passage si terrible. Mais qu’est-ce qu’une préparationprécipitée ? et que peut penser dans ces derniers moincns, au milieud'une mort presque inévitable , un cœur tout terrestre, nourri dans lesplaisirs du siècle, et si peu accoutumé aux pensées de l’autre vie ? Jeserais tombé dans le désespoir, si j’étais demeuré plus long-temps dans