44 NOTES SUR L’ÉLOGE
Oh ! le bon séminaire, la bonne retraite qu'un navire ! on est en paixdans sa petite chambre : personne ne vient vous interrompre. »
« Croiriez-vous que je viens de faire un sermon, et que peut-être jele dirai? cela est un peu téméraire : commencer à prêcher à quarante-deux ans ! nous verrons comment cela se passera : je sentirai bien si jene fais rien qui vaille, et je me le tiendrai pour dit. J’ai eu toute ma viela fantaisie de prêcher, dans des temps où je prêchais fort peu d’exemple :maintenant, que Dieu m’a fait la grâce de rentrer en moi-même, et queje me vois prêtre pour toute l’éternité, je veux au moins essayer, et ja-mais je ne trouverai une plus belle occasion. Si je pouvais parvenir à faireun bon prône à Gournay *, ce serait là toute mou ambition , car je necrois pas que je me serve du crédit de M. le grand-aumônier pour prê-cher à Versailles.
» J ai fait aujourd’hui mon coup d’essai : j’ai prêché pour la premièrefois de ma vie. Ce ne sera pas la dernière : c’est vous dire assez nette-ment que je ne suis pas rebuté de moi. Je n’ai rien à vous dire sur lacomposition : comment faire sur un navire, sans livres et sans secours ?J’ai dit ce que j’ai pu ; et de bons matelots sont contens de peu. Mais cequi m’a plu, c’est que je n’ai point eu peur, et je n’ai point dit servile-ment mot à mot ce que j’avais écrit.
» Je ne prends plus la peine de vous dire quand je prêche ou quandje ne prêche pas ; quand on est rompu à un métier, on ne s’en fait plusde fête. Cependant, à dire le vrai, j’ai pensé manquer aujourd’hui. J’aioublié tout-à-fait le commencemeut de mon premier point. Qu’ai-jefait? j’ai battu là campagne; j’ai redit en autres termes un peu plusfamiliers ce que je venais de dire d’un style sublime ; et ainsi, en pelo-tant, j’ai rattrapé ce que j’avais à dire. Je crois que le pauvre P. Tacharda sué pour moi; mais peu de matelots s’en sont aperçus. »
(8) Nous avons dit que ce journal était écrit avec une gaieté dont lesujet ne paraissait pas trop susceptible. En voici un exemple sur cettephrase : Si j’étais que de vous, je ferais telle chose. — IL faut, mes-sieurs , dit le président Rose, que je vous fasse à ce propos une petitehistoriette. Au voyage de la paix des Pyrénées, un jour le maréchal deClereinbault, le duc de Créqui et M. de LyOnne causaient, moi présent,dans la chambre du cardinal Mazarin. Le duc de Créqui, en parlant aumaréchal de Clereinbault, lui dit dans la chaleur de la conversation :M. le maréchal, si j’étais que de vous, j’irais me pendre tout-à-1’heure.Eh bien ! répliqua le maréchal, soyez que de moi.
Dans un autre endroit, l’abbé de Cboisy parle d’un académicien quitrouvait alternativement des raisons pour des opinions contraires. Ilressemble, dit l’abbé de Choisy, à Jeu M. de Marca, qui, dans lesassemblées du clergé , soutenait tantôt un avis, tantôt un autre, selonles circonstances , et avait toujours à nous alléguer quehjue canon quiparaissait fait exprès pour lui.
‘ C’était lu prieuré du M. l’abbé du Dangcau.