DE ROQUETTE. 53
r, également traités, ils sont tous ries hommes? Seia-ce celle du» peuple ? Non , monarque bien aimé et digne de 1 être , il ne troublei a» point vos mânes augustes... Gémissant, il ne vous nommait point» dans ses larmes, le cri de sa misere ne vous accusa jamais ; c était» pour vous qu’il avait inventé ce soupir que 1 oppression lui arracha .» Ah! si le roi le savait... Votre cendre lui sera aussi précieuse, que» votre nom lui a été cher. »
Mais le morceau le plus sublime peut-être de cette éloquente oraisonfunèbre est celui où l’abbé de Boismont peint la dernière maladie duroi, et les circonstances dont sa mort lut accompagnée.
« La vérité est donc bien étrangère au trône, puisqu'elle n’en ap-» proche pas dans les momens même où tout luit, où il ne reste» qu’elle... Telle est la destinée de Louis dans ces cruels instans. Le» mystère l’environne., rien ne lui désigne le poison qui le dévore ; la» cour , la capitale retentit de l’accablante nouvelle ; l’étonnement, la» terreur , une multitude de voix la répète ; et la vérité n’en trouve pas» une pour porter ce triste sécréta l'oreille du prince... Eh ! malheu-» reux politiques, vous vous méprenez; ce n’est pas un trône, c’est un» lit de mort que vous assiégez ; tous vos déguisemens , tous vos artifices» sont perdus... Mais vous êtes, dans ce moment, les ministres d’un» jugement terrible. Telles sont les justes rigueurs de la vérité sur les» rois ; méconnue lorsqu’elle est importune , elle fuit quand elle devient» necessaire... » *
Plus bas , l’orateur , après avoir tracé le tableau touchant du repentirdu roi, et de la miséricorde divine qui le console et le rassure , ajouteavec la sensibilité la plus profonde :
« Cependant, que de rigueurs au milieu de tant de grâces ! Trem-» blez , vous que cette indulgence pourrait précipiter dans la présomp-» tion ; c’est au cœur de ce prince malheureux que l’inflexible justice a» frappé. Ce cœur sensible était coupable ; ce cœur sensible est la» victime à laquelle la vengeance s’attache ; elle lui laisse tous les be-» soins de sa tendresse , et lui en ravit presque tous les objets ; le maln qui s’accroît pèse sur tous les mouvemens de ce cœur déchiré, et» les enchaîne sans les détruire. L’amitié, la piété filiale , veillent en» vain autour de lui ; ni la piété filiale , ni l’amitié n’auront un soupir.» Cet affaissement de toutes ses puissances, celte présence de sa» raison , qui lui fait sentir la douceur d’expirer du moins dans les em-» brassemens de ses petits-fils, et l’affreuse nécessité de les écarter;» quelle pénitence ! 11 mourra, et il n’a point encore ouvert le sanc-» tuaire de l’Etat à sou successeur ; il laisse de grandes plaies et de» jeunes mains pour les fermer ; il emporte avec lui ces leçons, ces» regrets, ces conseils, que l’éloquence du dernier moment rend si" pénéirans et si respectables ; il mourra, et les oracles de sa mort» seront perdus comme les derniers exemples de sa vie : quallc péni-» tsnce ! »