Band 
Tome troisième.
Seite
54
JPEG-Download
 

54 NOTES SUR L’ÉLOGE

Nous ne craignons point de le dire ; il ne manque à ce discours qued’être moins moderne , pour être mis par la voix publique à côté de ceque nous avons de plus éloquent en ce genre ; et quand le genre mêmeviendrait un jour à être proscrit par la sévérité philosophique de nosneveux ; quand cette postérité, devenue inflexible et austère , ne vou-drait plus entendre dans la chaire de vérité, que la vérité toute nueet sans apprêt, elle donnera toujours des éloges à l’orateur qui, dansce sujet épineux et glissant, et dans un temps où il n’était pas permis àla vérité de se présenter sans voile , a su la faire parler avec une délica-tesse si noble, et une éloquence si touchante.

L’abbé de Boismont a encore ajouté, s’il est possible, à sa réputation,par son éloquente oraison funèbre de l’impératrice reine de Hongrie,et par le sermon touchant qu’il a prononcé en 1782 sur l’établissementd’une maison de charité en faveur des pauvres militaires et des pauvresecclésiastiques. Pour ne point donner à cet article trop d’étendue , nousnous contenterons de citer le beau portrait du roi de Prusse, dans le pre-mier discours, et celui du curé de campagne dans le second, sans prétendrenéanmoins préférer ces deux morceaux à beaucoup d’autres qui ne sontpas moins dignes d’éloges. Ceux de nos lecteurs qui pourraient trouver iciun trop grand nombre de citations étrangères , selon eux , à l’histoire del'Académie, nous les pardonneront sans doute, s’ils pensent commenous , que des traits d’une éloquence si distinguée , ouvrage d’un membrede celte compagnie, sont le plus bel ornement de cette histoire.

Portrait du roi de Prusse.

a Au milieu de cette foule d’ennemis triomplians , considérez le lion» du Nord qui s’éveille ; ses regards ardens semblent dévorer la proie» que la fortune lui marque : génie impatient de s’offrir à la renom-» mée, vaste, pénétrant, exalté par le malheur et par ces pressenti-» mens secrets qui dévouent impérieusement à la gloire certains êtres» privilégiés qu’elle a choisis , je le vois se précipiter sur ce théâtre» sanglant, avec une puissance mûrie par de longues combinaisons , et» des talens agrandis par la réflexion et la prévoyance; soldat et géné-» ral, conquérant et politique, ministre et roi, ne connaissant d’autre» faste que celui d’une milice nombreuse, seule magnificence digne d’un» trône fondé par les armes. Je le vois, aussi rapide que mesuré dans» ses mouvemens, unir la force de la discipline à la force de l’exemple ,» communiquer à tout ce qui l’approche cette vigueur, cette flamme» inconnue au reste des hommes , que la nature avait cachée dans son» sein ; marcher à d’utiles triomphes ; diriger lui-même avec art tous» les coups qu’il porte , attaquer ce tronc chancelant sur lequel Marie-» Thérèse est appuyée , en détacher brusquement les rameaux les plusa féconds ; et s’élevant bientôt au-dessus de l’art même par la fermeté» de ce coup d’oeil que rien ne trouble , montrer déjà le secret de ses» ressources qui doivent étonner la victoire même , et tromper la for-» tune , lorsqu’elle lui sera contraire.