5 2 NOTES SUR L’ÉLOGE
» qu'on 11e lui montre pas, qui supplée par le dévouement tout le» pouvoir qu’on ne lui fait pas sentir , qu'il serait honteux d'opprimer.» parce qu’on est toujours sûr de la séduire ; si en lui peignant tous les» hommes faux et trompeurs , vous lui eussiez dit que le seul homme» de son Empire dont il ne devait pas se défier était lui-même , nous» jouirions encore de la sagesse et de la pureté de vos conseils. Il vous a» manqué une ambition dont la France vous eût fait un mérite, celle de» vous survivre par l’impulsion que vous pouviez donner à l’âme de son» roi : hélas! votre ministère a péri avec vous. »
Voici un autre morceau , plein d’éloquence et de finesse tout à la fois,sur le caractère , les vertus et les fautes de Louis XV-
k Hélas ! messieurs , par quelle fatalité Louis XV a-t-il exagéré sur le» trône deux vertus si étrangères au trône, la modestie et la défiance de» soi-méme ? Étions-nous donc réservés à déplorer dans ce monarque ce» qu’on ne peut trop louer dans les rois ? Mais c’est dans le malheur» qu’il sied bien d’être juste. Distinguons les traits de la lumière an» milieu des ombres qui l’affaiblissent... Otez ce poids qui l’entraînait» irrésistiblement vers la condescendance, l’âme élevée se montrera» partout. A Fontenoy , lorsque tout chancèle, il observera que la» redoute d’Anthoin , vainement attaquée, laisse l’espoir de la victoire,» et il soutiendra seul son armée par ce coup d’œil digne des Coudé et» des Turenne : voilà le général... A Bruges , à l’aspect des mausolées» de Charles le Hardi, et de Marie de Bourgogne, il s’écriera : C'est» là le berceau de toutes nos guerres ; pensée rapide et profonde :» voilà le philosophe. A Versailles, la marche tortueuse de la poli-», tique jettera de l’incertitude et de l’obscurité sur un traité de paix ;» il le réformera seul, et tous les nuages seront dissipés : voilà l’homme» d’État... Je ne craindrai pas de le dire : Louis XV, avec sès principes,» était plus près de la véritable grandeur, que Louis XIV avec ses» talens. Celui-ci fut le héros de la fortune ; celui-là prouve qu’un roi» juste peut se passer d’elle. L’un ne pouvait être arrêté , et la vanité» l’égara ; l’autre méritait d’être soutenu, et sa droiture en eût fait un» grand roi : c’est à ce titre qu’il mérite nos hommages. »
On trouvera des beautés du même genre dans cet endroit de laseconde partie.
« Une vertu dont l’audace et le crime ont abusé, n’a-t-elle donc» plus de droit à nos éloges? Quelle voix s’élèvera pour inculper la» bonté de Louis ? sera-ce celle de la religion , dont il respecta toujours» les conseils et les privilèges ? celle de ses courtisans , qu’il combla de» faveurs, à qui il ne montra jamais que la tristesse obligeante de ces» refus involontaires qui valent des grâces? celle de ses soldats, qui» le virent pleurant sur les lauriers de Fontenoy , parcourant les hôpi-» taux , consolant les blessés , s’écriant au milieu de ces tristes victimes» de la victoire : Anglais, Français, ennemis, sujets , que tous soient