Band 
Tome troisième.
Seite
58
JPEG-Download
 

58 ÉLOGE

L’Académie de Bordeaux, dont il est fait une mention si ho- .norable et si juste dans ces deux discours , fut établie par M. leduc de La Force, en 1713. Le fondateur eut l’avantage d’avoirpour coopérateur, dans cet établissement, l’illustre Montesquieu,comme nous l’avons dit dans l’éloge de ce philosophe 1 , et nousy avons exposé les vues sages qui le guidèrent pour assurer à cettecompagnie naissante une existence solide et durable. Aussi, danscette multitude de sociétés littéraires dont la France est sur-chargée, l’académie de Bordeaux, fondée sous de si heureuxauspices, a toujours conservé un rang distingué, par les travauxutiles dont elle s’occupe , et par le mérite de ceux qui la com-posent ; bien différente de ces sociétés de pur bel esprit, souventplus propres à entretenir le mauvais goût dans nos provinces qu’ày répandre les lumières.

La maison de La Force avait été engagée dans les erreurs ducalvinisme, et paya cruellement ces erreurs. Un des ancêtresde notre académicien avait été massacré avec un de ses enfans,à cette exécrable journée de laSaint-Barthélemi, qui souillera éter-nellement notre histoire aux yeux des races futures, et rendraà jamais odieux le nom des monstres qui ont conseillé , permisou exécuté tant d’assassinats. Un second fds de ce père mal-heureux , encore dans l’enfance , n’avait échappé que par uneespèce de miracle au fer des assassins 3 . Ce fils était le trisaïeulde M. le duc de La Force ; son bisaïeul et son aïeul conservèrentle plus inflexible attachement pour des opinions proscrites, quiavaient été si funestes à leur maison , et auxquelles ils auraientpeut-être renoncé plus tôt, si la persécution ne les leur avait ren-dues chères ; mais le père de notre académicien avait enfin re-noncé à cette religion fatale. Son fils se crut obligé de réparerd'une manière éclatante l’espèce de tache que ce péché originelavait imprimé à son nom dans l’esprit de Louis XIV , qui, vrai-ment jaloux du titre de roi très-chrétien , ne voulait dans sonroyaume que deux maîtres, l’Eglise et lui 3 . Le dictionnaire de

1 Voyez nos Mélangés de littérature.

’ On peut voir le récit intéressant de ce fait dans les notes sur le secondcitant de la Henriade. Il est raconté avec plus de détail encore , et avec descirconstances aussi curieuses que touchantes, dans le recueil qui a pour titre :Pièces intéressantes et peu connues pour servir al Histoire. Paris, 1781 ,P- 3 77-

3 L’abbé de Choisy raconte, dans scs mémoires, que Louis XIV avait inu-tilement tenté de convertir, par ses royales exhortations , le duc de La Force,bisaïeul de celui dont nous parlons, et (ils-de celui qui échappa h la Saint-Jlarthélemi. Le monarque lit venir dans son cabinet le vieux courtisan, héré-tique opiniâtre, et le pressa avec tendresse d’ouvrir les veux à la véiité; maisLouis XIV n’était pas un llossuet, pour se flatter de réussir dans une con-troverse où il avait mis plus de îtèle que de savoir llréologiquc. Le mission-