DE SACY. 63
théâtre plus vaste et plus brillant à ses yeux. Il voulut imiter entout ce même Cicéron, qui, après avoir plaidé dans la capitaledu monde, devant des républicains , maîtres de l’univers, descauses bien plus importantes que toutes celles dont s’occupentles tribunaux de nos monarchies, ne se contentait pas de celtegloire, enrichissait sa langue et sa nation des trésors d’Athènes,éclairait par la philosophie , dans le silence du cabinet , cesmêmes citoyens qu’il venait de subjuguer au barreau par sonéloquence , et faisant de ses admirateurs .autant de disciples ,ajoutait à l’empire de la parole celui des lumières.
Animé par ce grand exemple , et par le sentiment, modeste àla vérité , mais cependant irrésistible , de ses talens et de sesforces, M. de Sacy résolut de se partager, comme l’orateurromain, entre les affaires et la philosophie, entre le barreau et lalittérature. Il s’étonnait quelquefois qu’un si grand nombred’écrivains célèbres, regardant ce partage comme impossible ,eussent entièrement sacrifié à la culture des lettres l’étude deslois , si intéressante par ses rapports avec l’histoire de l’hommedans tous les siècles et dans tous les lieux, si favorable à l’élo-quence par les occasions qu’elle lui donne de s’exercer, si avan-tageuse enfin par la voie aussi sûre que noble qu’elle ouvre à lafortune, et par la précieuse indépendance qu’elle aurait pu as-surer à tant de littérateurs illustres , obligés ou de languir dansl’indigence, ou de s’en délivrer par la faveur redoutable desgrandf, toujours pénible aux âmes élevées quand elle leur de-vient nécessaire. En réfléchissant sur l’espèce de dégoût, si l’onpeut parler de la sorte, que la littérature avait fait essuyer àla jurisprudence , M. de Sac y en accusait moins les charmesséduisans de la première que l’extérieur rebutant de la se-conde (i). Il lui reprochait avec raison d’avoir été durant tantde siècles absurde et barbare, de l’être encore dans notre sièclememe , pas ses variations , par ses bizarreries et par son style ;d’avoir été livrée à des commentateurs sans génie , plus occupésa compiler des coutumes et des lois quelquefois ridicules, et sou-vent contradictoires, que de remonter aux grandes vues , auxprincipes lumineux d’une législation faite pour le bonheur deshommes ; seul moyen de donner à la jurisprudence cette basephilosophique , sans laquelle nous la verrons toujours informe etchancelante ; seul moyen de faire connaître et saisir aux na-tions le véritable esprit des lois, que l’illustre Montesquieu acommencé de nos jours à leur faire entrevoir , et dont le déve-loppement , si nécessaire et si désiré , est réservé à des tempsplus heureux.
Avocat par état et par devoir , mais homme de lettres par