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attrait et par goût, M. de Sacy donnait à ce goût si natureltous les momens dont il pouvait disposer. Il n’osa cependant,par une suite de cette modestie qui faisait le fonds de son carac-tère , offrir d’abord au public ses propres et uniques produc-tions ; il résolut de commencer par être traducteur des penséesd’autrui, avant de hasarder les siennes. Si vous traduisez tou-jours, dit l’auteur des.Lettres persannes , on ne vous traduirajamais; il aurait pu ajouter : Si vous voulez qu’on vous traduiseun jour, commencez par traduire vous-même. Cette règle n’apeut-être d’exception que pour un très-petit nombre de géniessupérieurs , qui, sortant tout formés des mains de la nature ,n’ont besoin ni de maître , ni de modèle ; le travail de la tra-duction serait pour tous les autres une riche moisson de principeset d’idées , et une excellente école dans l’art d’écrire. C’étaitl’avis de Despréaux. Que n’est-il plus suivi par nos jeunes litté-rateurs , dont la plupart se hâtent de prendre la plume sans avoirappris à la tenir, et d’être auteurs avant de penser ! On peut lescomparer à ces enfans, qui se mariant avant d’être hommes,veulent donner la vie à d’autres quand l’âge n’a pas achevé deles former eux-mêmes , et sont punis , par des productionsavortées, de la violence qu’ils font à la nature. Mais le rang peuflatteur qu’occupent dans les lettres ceux qui se dévouent à l’in-grat et pénible métier de traducteur, rebute la vanité ardented’un écrivain novice , qui pressé de se faire un nom, ignore quedans la littérature comme dans le commerce, une fortune sûreet bornée, paisiblement acquise en faisant valoir le bien desautres, est préférable à une indigence orgueilleuse , qui jointla prétention de la dépense à l’extérieur de la misère.
M. de Sacy débuta par la traduction des Lettres de Pline lejeune. Malgré l’affectation d’esprit et le style peu naturel qu’onreproche à cet écrivain , oserions-nous avancer que le traduc-teur ne pouvait faire un meilleur choix ? cette espèce de para-doxe pourra cesser de le paraître, si on nous permet ici quelquesréflexions.
Les auteurs latins dignes d’être traduits peuvent se partageren deux classes ; ceux du siècle d’Auguste, les Cicéron , les 'Vir-gile et les Horace ; et ceux du siècle suivant, les Pline , les Sé-nèques et les Lucain. Les premiers ont eu principalement enpartage celte pureté de goût, qui leur assure le suffrage de tousles siècles ; les autres , cette finesse de l’esprit , qui ne plaîtqu’à certains lecteurs. Mais par la raison même que les auteursdu siècle d’Auguste sont fort supérieurs , comme écrivains, àceux du siècle suivant, qui le sont peut-être à leur tour commepenseurs et philosophes , les traducteurs des Pline et dos Lucain