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Tome troisième.
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DE SACY. 65

doivent avoir beaucoup d’avantage sur les traducteurs des Cicéronet des Virgile ( 2 ). Un auteur qui n’a que le mérite de l’esprit, maisqui possède éminemment ce mérite , soutient et anime son tra-ducteur , toujours assuré de rendre une grande partie des beautésde son modèle ; car l’esprit, au moins quand il mérite ce nom ,peut toujours se traduire ; malheur à celui qui disparaît en passantd’une langue dans une autre. Le traducteur d’un écrivain pleind’esprit, a de plus une autre ressource ; c’est qu’en conservantles principales beautés de l’auteur, il peut les dégager de lafausse parure qvri les affaiblit dans l’original ; il peut ajouter àla (inesse des pensées ce tour naturel qui en fait le charme, etcette simplicité d’expressions qui la rend piquante , à peu prèscomme un peintre, qui ayant à copier un portrait plein de phy-sionomie , mais maniéré , rendrait la copie supérieure à sonmodèle , en ne donnant à celle-ci que la physionomie et lesgrâces du portrait, sans grimace et sans manière (3). Vous ve-nez, messieurs, d’en voir un exemple dans la traduction qu’onvous a li.e* , et ou Lucain ne vous a laissé voir que sa force etsa noblesse , sans exagération et sans enflure. Un homme delettres trouve des difficultés bien plus faites pour le décourager,dans la traduction d’un écrivain dont le principal mérite est legoût et le style ; si le traducteur né rend pas ce style et ce goût,il n’a rien rendu ; il a anéanti son auteur en croyant le faire re-vivre. C’est pour cela que Cicéron est si défiguré dans presquetoutes les traductions qu’on en a faites : les femmes qui lisentces traductions demeurent souvent étonnées de l’admiration quece grand homme a obtenue ; tant on retrouve peu , dans cesfroides et mortes copies, ce qui fait le prix inestimable du mo-dèle, cette harmonie douce et flexible , cette rondeur et cettemollesse d’expression et de cadence , cette diction toujours nobleet facile, élégante et sonore , qui pénètre et remplit l’oreille avectout le charme d’une musique mélodieuse.

En exposant le mérite dont une traduction de Pline est sus-ceptible , nous avons d’avance apprécié celle de M. de Sacy.Aussi agréable à lire que l’original , elle est en même tempsmoins fatigante, parce que le traducteur, en rendant toute lafinesse de Pline , la reud avec plus de simplicité que lui ; l’espritde l’auteur s’y montre avec d’autant plus d’avantage , qu’il y estdégagé de l’apprêt qui le dépare trop souvent dans Pline même ;et le modèle , sans cesser d’être ressemblant, est peint en beaudans la copie , précisément parce que le peintre n’a pas tropcherché les agrémens de l’attitude et l’éclat du coloris.

J-* a venait, de lire une belle traduction en vers du septième chant dela Pharsale de Lucain.

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