Gfi ÉLOGE
Aussi cel te traduction eut-elle le plus grand succès, et le plusagréable pour l’auteur; elle lui mérita dans l’Académie Françaiseune place que le public rendit encore plus flatteuse , en confir-mant le choix de la compagnie par son suffrage. L’un et l’autrej ugèrent avec raison qu’un écrivain utile , instruit et de bongoût, était plus fait pour les honneurs académiques , que desrivaux à petits talens et à grandes prétentions , dont l’orgueil-leuse médiocrité ne manqua pas, suivant son usage, de crier àl’injustice , et de s’exhaler en plaintes que personne ne daignapartager.
M. de Sacy mit à la tête de sa traduction une vie de Pline lejeune , où il rend à cet écrivain , plus estimable encore par sesvertus que par ses talens , l’hommage qu’un homme de bienaime à rendre à son semblable. Le portrait qu’il a tracé de cetillustre romain mérite d’autant plus de nous occuper un mo-ment , que le traducteur s’est peint lui-même en croyant nepeindre que son auteur. Pline, dit en substance M. de Sacy,était persuadé que notre vie n’est point à nous ; que nés dansune société dont nous devons partager les travaux comme lesavantages , il ne nous est pas permis de jouir du repos avant letemps, sans nous être acquittés envers la patrie, et sans avoir,pour ainsi dire, obtenu notre congé de la nature, qui ne nouspermet de rester inutiles qu’au moment oit elle nous force àl’élrc. La mort et Vadversité, qui ne rompent que trop souventtous les liens des hommes, serraient plus étroitement ceux quirattachaient à ses amis. Sa sensibilité pour eux devenait uneespèce de religion, dès qu’ils étaient, ou enlevés à sa tendresse,ou poursuivis par le malheur. Il ne voyait dans ses domestiquesque des hommes dont l’infortune excusait les fautes ; il rem-plissait à leur égard le litre si cher et si sacré de père de fa-mille , que les lois romaines avaient donné aux maîtres, pourles avertir de le mériter. La gloire , cette fumée que les sagesmême se disputent, n’aurait pas été un bien pour lui, s’il n’eneut fait part à ceux qui étaient dignes d’y prétendre ; et aucunde ses rivaux ne se plaignit jamais de l’injustice du partage.Tels furent Pline et M. de Sacy. Heureuse conformité de senti-mens et de vertus, propre à faire lire l’un et l’antre avec cetintérêt, qui de la personne de l’auteur se répand sur sesouvrages !
Encouragé par les suffrages du public et de l’Académie ,M. de Sacy voulut témoigner sa reconnaissance à Pline le jeune,dont les lettres venaient d’assurer la fortune littéraire de sontraducteur. Il donna , quelques années après , la version dupanégyrique de Trajan par le même écrivain. Ce discours , dont