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Tome troisième.
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DE SACY. 67

on n’avait que des traductions très-médiocres, en méritait unemeilleure , au moins par l’avantage unique qui le distingue,d’être le seul panégyrique de prince qui soit resté après la mortdu prince et de l’orateur. Le monarque était si digne d’être cé-lébré, que, malgré le dégoût naturel des lecteurs pour un vo-lume de louanges , et de louanges données en face à un souverain,les vertus de Trajan ont servi auprès de la postérité de passe-portà son éloge; et l’écrivain, contre l’ordinaire , doit ici bien plusau prince , que le prince ne doit à l’écrivain. La traduction queM. de Sacy publia de ce panégyrique, ne fut pas moins accueillieque celle des Lettres de Pline. Le désir et le besoin de voir leshommes heureux, qui se montrent à chaque ligne de l’ouvrage ,le portrait d’un prince qui n’est pas loué par la flatterie, l’espritet l’éloquence même de l’orateur, car il est quelquefois éloquent,quoique toujours ingénieux, firent rechercher avec empresse-ment la version de M. de Sacy par tous ceux qui ne pouvaientlire Pline qu’en français. Cependant elle est aujourd’hui moinsrelue que la traduction des Lettres , et par une raison bien na-turelle ( 4 ). Le soin fatigant de montrer toujours de l’esprit, dé-faut essentiel et comme inhérent à Pline le jeune , répand à lalongue sur le panégyrique de Trajan une monotonie qui finitpar être pénible an lecteur : cette monotonie se fait moins sentirdans les lettres du même écrivain , où elle est en partie sauvéepar la variété continuelle des objets; elle disparaîtrait même en-tièrement de ces lettres, si l’auteur, qui malheureusement neles écrivait que pour les rendre publiques, s’y fût livré à cetaimable abandon qui en aurait dû faire le charme , mais que lesregards du public refroidissent et contraignent, et qui se dé-ploie dans -toute sa liberté quand on ne doit être lu que parson ami.

Les talens de M. de Sacy, la réputation qu’il avait acquise,la douceur de son caractère et de son commerce, le firent ad-mettre dans une société charmante , dont ou se souvient encorede nos jours après plus de quarante années, celle de madame lamarquise de Lambert ( 5 ). Cette dame rassemblait chez elle plu-sieurs célèbres écrivains, à la tête desquels étaient Fontanelle etLa Motte, et qui unissaient la philosophie aux charmes de lalittérature , l’urbanité aux talens, l’estime réciproque à la riva-lité. Madame de Lambert, qu’onaccusait de n’aimer que l’esprit,et qui honorait ce reproche des sots d’une attention dont elleaurait pu se dispenser , y répondait en admettant dans cette pe-tite académie , plus illustre que nombreuse , ce qu’il y avait de-plus distingué à la cour par le rang et par la naissance. On 11’écoûtait point dans celle maison , ou plutôt on 11’y connaissait pas