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Tome troisième.
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cette philosophie dure et injuste , qui, ordonnant aux femmes nttsilence humiliant pour elles et triste pour nous , les condamne àcacher avec autant de soin leurs connaissances et leurs lumièresque leurs sentimens et leurs affections. On croyait au contraire,et on avait le bonheur de l’éprouver à chaque instant auprès demadame de Lambert, qu’une femme honnête , délicate et sen-sible , pleine d’âme, d’esprit et d’agrémens, était le lien et lecharme le plus doux d’une société si heureusement assortie , rareassemblage de savoir et de grâces, de finesse et de profondeur ,de politesse et de lumières.

Ce fut au sein de cette société que M. de Sacy composa sonTraité de l’Amitié ; il le dédia à madame de Lambert, dont ilétait en effet l 'ami , beaucoup plus que les autres gens de lettresqu’elle avait rassemblés. Le commerce de ceux-ci ne lui étaitqu’agréable ; celui de M. de Sacy était bien plus pour elle, il luiétait nécessaire. Si l’esprit des Fontenelle et des La Motte luioffrait plus d’agrément et plus de ressources, elle trouvait dansM. de Sacy une sensibilité qui allait plus à son coeur , et uneâme qui répondait mieux à la sienne. Aussi composa-t-elle prin-cipalement sous les yeux de ce digne ami l’excellent .livre inti-tulé : Avis d’une M'ere à son fils et à sa fille ; ouvrage où ladélicatesse du goût est jointe à celle du sentiment , la connais-sance du monde aux plus touchantes leçons de vertu, et lesgrâces piquantes du style aux expressions naïves de la tendressematernelle.

Le Traité de l’Amitié , par la peinture que l’auteur y fait dece sentiment qu’il connaissait si bien, par l’intérêt avec lequelil en trace les devoirs , par les consolations qu’il sait en tirer pouradoucir les maux de la vie , prouve combien M. de Sacy étaitdigne de la préférence que madame de Lambert lui avait ac-cordée. Cependant, s’il nous est permis de le dire, ce livre paraîtavoir un défaut qui refroidit un peu ses lecteurs; c’est que l’au-teur , en parlant de l’amitié , a voulu être tout à la fois sensibleet philosophe, deux qualités qui peut-être ne sont guère compa-tibles dans un ouvrage de cette espèce, où elles semblent nepouvoir se mêler sans se troubler et sans se nuire , où la raisondoit parler le langage de l’âme , et où il n’est permis à la sagessemême de s’exprimer qu’avec chaleur. Montaigne, cet écrivainpartout ailleurs si penseur et si profond , n’est plus que tendreet sensible, quand il parle de son amitié pour La Boétie. Soncœur seul lui a dicté les expressions simples et pénétrantes, quirendent si délicieuse et si douce la lecture de ce divin morceaudes Essais 1 (6). Si on me presse de dire pourquoi je Vaimais ,

* Voyez, dans Montaigne, le chapitre (le l’Amitié, liv. I, ebap. aj.