7o ÉLOGE
nête qui est au fond de son âme , n’a pas besoin d’éloquence pourfaire partager ce sentiment à ses lecteurs.
Notre académicien , qui n’avait osé ou n’avait voulu être quele traducteur de Pline, semblait, dans les ouvrages qui lui ap-partenaient en propre , aspirer à se montrer le rival de Cicéron,quoiqu’en apparence beaucoup plus redoutable. Il avait déjàdonné, après l’orateur romain, un Traité de l’Amitié ; il donnaencore après lui un Traité de la Gloire, car on sait que Cicéronavait fait un ouvrage sur ce sujet : quoique son livre soit perdu ,il existait encore du temps de Pétrarque , qui en possédait unexemplaire, et qui le perdit par un malheur bien honorable à samémoire , pour l’avoir mis en gage dans le besoin pressant d’unhomme de lettres, dont il ne pouvait soulager l’indigence quepar ce sacrifice. C’est de tous les ouvrages de Cicéron celui donton doit le plus regretter la perte (7). Personne ne devait parlerplus éloquemment de la gloire que celui qui avait tout fait pourelle, qu’elle dédommageait et consolait de tout, qui pensaitqu’aimer la gloire , c’est avoir le désir si louable de se dévoueraux nobles travaux dont elle est le prix, et qui plus sincère quetant de prétendus sages , ne joignait pas à la passion de l’obtenirl’affectation de la dédaigner.
M. de Sacj écrivit donc aussi sur la Gloire ; mais il n’eut pasautant de lecteurs que quand il avait écrit sur l’ Amitié. Son âmedouce et modeste était plus faite pour connaître les besoins dusentiment que ceux de l’amour-propre , et le plaisir de vivre dansle cœur de son ami, que celui d’exister dans l’opinion des autres.
Cette âme honnête et pure mérita des amis parmi ceux mêmequi ne paraissaient pas devoir l’être. M. de Sacy avait plaidé dansune affaire importante contre un académicien distingué, et avaitmême révélé dans ses mémoires des faits peu agréables pour sapartie adverse. L’offensé , qui connaissait les principes et lesmœurs de M. de Sacy, sentit que, si son estimable agresseurlui avait porté des coups redoutables, c’était sans intention dele blesser , à regret même , et pour les seuls intérêts de la per-sonne qu’il s’était chargé de défendre; aussi non-seulement l’a-cadémicien dont nous parlons ne sut pas mauvais gré à ce ver-tueux adversaire de ses attaques et de sa franchise; mais quandM. de Sacy se présenta pour l’Académie , celui contre lequel ilavait écrit fut un de ses plus ardens solliciteurs ; récompenserare , mais consolante, que le ciel accorde quelquefois à la vertu,pour ne pas décourager les hommes de la pratiquer (8).
Nous terminerons l’éloge de M. de Sacy par un trait qui cou-ronne tous les autres. Quoique très-occupé dans sa profession ,il l’exerça avec une noblesse qui contribua pl us à sa considération