DE SACY. 7>
qu'à sa fortune. 'Fous ceux qui avaient besoin de lui, devenaientses amis, dit Montesquieu sou successeur, car l’homme vertueuxmérita d’avoir pour panégyriste un grand homme : il ne trouvaitpresque pour récompense à la fin de chaque jour , que quelquesbonnes actions de plus ; et toujours moins riche, mais toujours,plus désintéressé, il n’a transmis à ses enfans que l’honneur d’a-voir eu un si respectable père.
Il mourut le 26 octobre 1727, âgé de soixante-treize ans ,chargé de travaux et de vertus, laissant à ses amis le plus chersouvenir, aux gens de lettres le plus digne modèle, aux gens debien les plus justes regrets. Madame de Lambert, plus âgée quelui de sept ans , et dont l’amitié fidèle et pure avait fait la dou-ceur de sa vie, lui survécut pour conserver et honorer sa mé-moire. Digne et triste objet de ses pleurs, il n’en eut point àrépandre sur elle. Ainsi la nature, qui avait tant fait pour lebonheur de M. de Sacy, y mit le comble par une vieillesse heu-reuse et paisible , exempte de ce sentiment douloureux que laisseau fond du cœur une perte éternelle et irréparable ; sentimentdont l’impression est d’autant plus profonde , que l’âme trouveune espèce d’attrait à s’y livrer, et de douceur à en goûter l’a-mertume ; sentiment que sa tristesse même rend en quelquemaniéré désirable , puisqu’il nous fait regarder la mort commeun bienfait de la nature , non parce qu’elle met fin à des larmesqui nous sont chères , mais parce que ce malheur de l’humanité,si c’est un malheur que de cesser de souffrir, nous est du moinscommun avec ceux que nous avons tendrement aimés , et nouslaisse l’espoir consolant de les suivre bientôt dans cet asile éternelet paisible oh leur ombre nous a précédés, et oh leur voix nousappelle. Madame de Lambert, qui survécut encore six annéesà M. de Sacy, entretint et nourrit toujours ce sentiment cher àson cœur. Elle y joignit un espoir plus consolant encore , celuique la divinité bienfaisante donne aux âmes vertueuses, de seréunir un jour pour n’avoir plus à pleurer leur séparation ; espoiren effet si propre à soulager les maux des coeurs sensibles ; espoirdont la malheureuse humanité avait un besoin si pressant, qu'ellea couru , pour ainsi dire, au-devant de lui, avant que la bontésuprême et éternelle voulût bien le lui présenter elle-même. U11sentiment profond et plein de vie , privé d’uri objet chéri qu’ilne retrouvait plus, et ne pouvant supporter l’idée accablanted’être anéanti pour jamais, a inspiré, intéressé, éclairé la rai-son, pour lui faire embrasser avec transport celte attente pré-cieuse d’une existence immortelle, dont le premier désir n’a pasdû naître dans une tête froide ot philosophe , mais dans un cœurqui avait aimé.