DE SACY.
Pline plus favorables pour un traducteur que ceux de Cicéron, fontsans doute que nous n’avons point encore de traduction supportable deVirgile et d'Horace *, tandis que nous en avons de bonnes de Lucainet de Juvénal. Nous devons néanmoins excepter et distinguer ici latraduction des Géorgiques, en vers, par M. l’abbé Delille ; ouvraged’autant plus digne d’éloge, que l’auteur avait à vaincre les plus grandesdifficultés, et les a surmontées avec le succès le plus heureux. ( Voyezl'article de Segrais. )
Le seul des ouvrages de Cicéron dont la version se lise avec plaisir = ,ce sont les Lettres à Allicus, parce que c'est l’ouvrage où cet illustreécrivain paraît avoir été le moins occupé du style. Le traducteur (1 abbéMongault ) n’a si bien réussi dans son travail, que par l’avantage qu ila eu , et que sans doute il avait pressenti, de nôtre point obligé delutter à chaque instant contre l’iiarinonie et les périodes nombreusesde son auteur : cet avantage est d’autant plus réel et plus sensible , quele traducteur des Lettres familières de Cicéron , quoique très-inférieurà celui des Lettres à Allicus, est en meme temps très-supérieur à tousceux des harangues de ce grand orateur et de ses ouvrages philoso-phiques.
( 4 ) On voit assez clairement, par la première des lettres de Pline ,qu’il n’avait pas écrit ces lettres uniquement pour les amis à qui ellesétaient adressées , et qu’il cédait saris effort aux prières qu’on lui faisaitde les mettre au jour. «Vous m’avez souvent pressé, dit-il, de ras-» sembler et de donner au public les lettres que je pouvais avoir écrites» avec quelque application. Je vous en présente un recueil. Je souhaite» que nous ne nous repentions, ni vous de votre conseil, ni moi de» ma déférence. J’en serai plus attentif, et à rechercher celles qui» m’auront échappé, et à conserver celles que j’aurai à l’avenir occasion» d’écrire. » Montaigne avec la franchise et la naïveté philosophiquequi lui est ordinaire, reproche à Pline ce soin de rassembler ses lettres,et n’épargne pas le même reproche à Cicéron , qui semble néanmoinsne l’avoir pas aussi expressément mérité ; car ses lettres paraissent n’a-voir été écrites que pour les amis à qui il les adressait, et n’ont été re-cueillies qu apres sa mort par Tiron son affranchi, qui ne voulait, avecraison, rien perdre des écrits d’un tel maître. «Ceci, dit Montaigue,» surpasse toute bassesse de cœur en personnes de tel rang, d’avoir» voulu tirer quelque principale gloire du caquet et de la parlerie,» jusqu a y employer les lettres privées écrites à leurs amis, en rna-
La traduction de Virgile par l’abbé üesfonlaines, quoiqu'elle ait eu quel-ques momens une ombre de réputation, parce qu’elle est écrite avec assca depureté et d’élégance , est, comme traduction , une des plus mauvaises qu’onpuisse lire. Il semble que l’auteur se soit fait une espèce de loi de ne rendrepresque aucune des images qu’on trouve et qu’on admire à chaque instantflans l’original. Virgile, pour employer l’expression d’un de nos écrivains lesplus distingués , est tue h chaque ligne dans cette froide et insipide version.
3 On écrit cc.i en 1780.