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Tome troisième.
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:4 NOTES SUR L’ÉLOGE

» nière que , aucunes ayant failli leur saison pour être envoyées , ils les» font ce neanmoins publier , avec cette digne excuse, qu’ils n’ont pas» voulu perdre leur travail et veillées. Sied-il pas bien à deux consuls» romains, souverains magistrats de la chose publique empérière du» monde, d’employer leur loisir à ordonner'et fagotter gentiment une» belle missive , pour en tirer la réputation de bien entendre le langage» de leur rfourrice? Que ferait de pis un simple maître d’école qui en» gagnât sa vie ? »

Montaigne avoue pourtant dans un autre endroit (et cet aveu n’estpas contradictoire à ce qu’on vient de lire), «qu’il lit avec plaisir» les lettres de Cicéron , non-seulement parce qu’elles contiennent une» très - ample instruction de l'histoire et des affaires de son temps,» mais beaucoup plus pour y découvrir ses humeurs privées. Car j’ai,» dit-il, une singulière curiosité de connaître l’âme et les naïfs juge-» mens de mes auteurs. Il faut bien juger leur suffisance , mais non» pas leurs mœurs ni eux, par cette montre de leurs écrits qu’ils étalent» au théâtre du monde. » 11 n’en dit pas autant des lettres de Pline,où sans doute il n’avait pas trouvé l'homme aussi à découvert que dansles lettres de Cicéron ; et cela seid prouverait que Cicéron avait étémoins curieux que Pline de voir ses lettres publiques ; car ce n’est qu’àson ami qu’on aime à se montrer tel que l’on est : on ne cherche pointà mettre les indifférens dans cette confidence. '

(5) Fontenelle, dans un éloge qu’il a fait de madame la marquise deLambert, parle ainsi de la maison de cette dame : « C’était la seule ,» à un petit nombre d’exceptions près , qui se fût préservée de la ma-» ladic épidémique du jeu ; la seule où l’on se trouvât pour se parler» raisonnablement les uns avec les autres , et même avec esprit, selon» l’occasion. Aussi ceux qui avaient leurs raisons pour trouver mauvais» qu’il y eût encore de la conversation quelque part, lançaient-ils ,» quand ils le pouvaient, quelques traits malins contre la maison de» madame de Lambert ; et madame de Lambert elle-même , tres-dé-» licate sur les discours et sur l’opinion du public, craignait quelquc-» fois de donner trop à son goût ; elle avait soin de se rassurer, en» faisant réflexion que dans cette même maison, si accusée d’esprit ,» elle y faisait une dépense très-noble, et y recevait beaucoup plus» de gens du monde que de gens illustres dans les lettres. «

Quoique madame de Lambert eût mis en M. de Sacy sa principaleconfiance, elle ne laissait pas cependant de lire aussi quelquefois sesouvrages aux plus éclairés des gens de lettres qu’elle rassemblait chezelle; car, comme le dit encore Fontenelle, en croyant même n écrireque pour soi, on écrit aussi un peu pour les autres sans s’en douter.Elle soumettait donc à ces aristarques , bénévoles il est vrai, mais tou-jours redoutables , des productions qu'elle renfermait ensuite pour lescondamner à l’obscurité. Car si elle estimait assez ses amis pour oserparaître à leurs yeux tout ce qu’elle était, elle craignait au contrairebeaucoup d’exposer scs ouvrages au grand jour, et s’était l’ait, à l’égard