DE SACY. 7$
du public, une règle inviolable de la maxime un peu sévère de nosancêtres , qui condamnait les femmes à l’obscurité- Mais 1 aréopagerespectable, quoique peu nombreux , devant lequel scs écrits avaienttrouvé grâce , la pressait souvent de les abandonner sans frayeur a cepublic si redoutable pour elle ; elle résistait constamment à leurs sol-licitations , d’autant plus séduisantes , qu’elle ne pouvait guère les soup-çonner de flatterie ; elle permettait seulement à ceux de ses amis quellecroyait les plus intimes et les plus lîdèles de relire sévèrement en par-ticulier les ouvrages qu’ils avaient lus et applaudis en commun. Onne sait comment ils abusèrent de sa confiance; peut-être ne crurent-ils pas, ajoute Fontenelle, qu’une modestie d’auteur pût être sincère;mais en dépit du préjugé , qui trouve encore faveur parmi nous, qu unlivre est pour une femme une espèce de ridicule, ils ne craignirentpoint d’y exposer madame la marquise de Lambert, en faisant pa-raître , sans son aveu, Ydvis d’une Mère à so>i fils et à sa fille. Malgréle succès de cet ouvrage, madame de Lambert ne se consolait pointde l’avoir laissé échapper de ses mains ; « et on n’aurait pas la bar-il diesse ( c’est toujours l'ontenellc qui parle) d’assurer ici une chose» si peu vraisemblable, si après le succès on ne lui av ait vu retirer» de chez un libraire, et payer au prix qu’il voulut, toute l’édition» qu’il venait de faire d'un autre ouvrage qu’on lui avait dérobé. »
(6) Il faudrait transcrire presque d’un bout à l’autre le chapitre deMontaigne sur Xamitié, pour faire connaître tout ce qu’il contient desublime , de touchant, et en même temps de profond et de philosophique.Quoique l’ouvrage soit entre les mains de tout le monde , nous ne pou-vons nous refuser au'plaisir d’en transcrire encore quelques traits,outre ceux que nous avons cités dans l’éloge de M. de Sacy. « L’unique» et principale amitié décout toutes autres obligations. Le secret que»’ j’ai juré ne déceler à un autre, je le puis, sans parjure, communiquer» à celui qui n’est pas autre, c’est moi. C’est un assez grand miracle» de se doubler, et n’en connaissent pas la hauteur ceux qui parlent de» se tripler....
» Nous nous cherchions, dit-il ensuite de La Boétie, avant que de
» nous être vus.Nous nous embrassions par nos noms. Et à notre
» première rencontre, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obli-» gés entre nous, que rien dès-lors ne nous fut si proche que l'un à
» 1 autre.Ce n’est pas une spéciale considération , ni deux. ni trois ,
» ni quatre, ni mille, c’est je ne sais quelle quintcsccnce de tout cea mélange , qui ayant saisi toute sa volonté , l’amena se plonger cl se
» perdre dans la mienne, d’une faim, d’une concurrence pareille.
» Nos âmes ont charié si uniment ensemble, elles se sont considérées» d une si ardente affection , que non-seulemenL je connaissais la siennea comme la mienne , mais je me fusse certainement plus volontiers fié
» à lui de moi qu’à moi. Si je compare tout le reste de ma vie ,
» quoique avec la grâce de Dieu je l’aie passée douce, aisée , et, sauf la» perte dun tel ami, exempte d’affliction poisaulc, pleine de tranquil-