DE SACY. 79
(dit Je bon goût par la bouche de Despréaux); la Philosophie dit deson côté :
Rien n’est bon que le vrai, le vrai seul est utile.
Le vers de Despréaux est meilleur ; mais la Philosophie et Despréauxont également raison.
( 8 ) M. de Sacy, tout avocat qu’il était, c’est-à-dire, appartenant àune classe de citoyens qui se piquait d’une grande hauteur de senti-mens, ne crut pas au-dessous de lui de faire toutes les démarches né-cessaires pour obtenir une place que les Bossuet et les Corneille n’avaientpas dédaigné de demander. Il ne fut pas imité, quelques années après,par un de s^s confrères, qui, plus célèbre encore au barreau, sepriva des honneurs académiques par la vanité qu’il eut de vouloir sesoustraire à ces visites d’usage et de politesse , qu’à la vérité on n’exigepas des candidats, mais qu’ils ne doivent pas non plus regarder commeavilissantes pour eux.
Celte anecdote pouvant être intéressante dans l’histoire de la com-pagnie , nous croyons dev.oir la rapporter ici telle qu’elle est racontéedans une lettre peu connue de l’abbé d’Olivel à M. le président Bouhier :« Au commencement d’octobre 1733, un fameux avocat (feu M. Le» Normand) nous lit dire par M. l’évêque de Luçon, que si la place» vacante n’était point encore destinée, il désirait passionnément qu’on
» le nommât pour la remplir. Quelques uns de ses confrères, ani-
» mes peut-être d'un peu de jalousie, affectèrent de publier qu’il serait» bien glorieux à l’ordre des avocats, qu’un de ses dignes suppôts allât» de porte en porte mendier nos suffrages. L’amertume de leurs plai-» sauteries fut poussée si loin, que non seulement il promit de ne voir» aucun de nous, mais qu’il s’imposa même la loi de le déclarer publi-» quemeut, et il tint parole. Tous les ordres , vous le savez, ont leur» petit orgueil. Autre chose est de ne point rendre de visites ; autre» chose est d’assurer et de publier qu’on n’en veut point rendre. Une» pure civilité, qui n’a blessé ni les chefs du parlement, ni les maré-» chaux de France, ni les prélats, fussent-ils membres du sacré college,» peut-elle blesser l’ordre des avocats ? Quoi qu’il en soit, notre cha-» pitre général ayant été convoqué dans les règles, nous fîmes un autre» choix , sans qu’il fût dit une parole concernant l’homme de mérite» que nous avions regardé pendant un mois, et avec un sensible plaisir,» comme un confrère désigné. »
ün peut rapprocher ce fait de celui que nous rapporterons dans l’ar-ticle du maréchal de Belle-Islc , au sujet des visites que ce dernier aca-démicien voulait se dispenser de faire. Mais puisque l’occasion s’enprésente, il ne sera peut-être pas inutile d’ajouter ici les réflexions de1 abbé d’Olivet, sur le refus que fit M. Le Normand de demander lessuflrages, et sur le relus que l’Académie fit de son côté d’adopter uncandidat qui traitait si légèrement d’avance ceux qu'il désirait d’avoir