ÉLOGE DE LA MONNAYE \
Bernard de La Monnaye fit ses humanités à Dijon, dans cemême college des jésuites qui avait déjà eu l’honneur de comp-ter Bossuet parmi ses élèves. Plein d’ardeur pour 1 étude etdoué parla nature de tous les talens nécessaires pour y réussir ,non-seulement il se rendit familières les langues grecque etlatine, mais il y joignit les langues italienne et espagnole, etsurtout ne négligea pas de cultiver la sienne propre, comme iln’arrive que trop souvent à ceux qui ont la vanité d’entasserdans leur tête un grand nombre d’idiomes anciens et modernes.Différentes poésies latines et françaises furent l’amusement desa jeunesse, et annoncèrent dès lors ce qu’on devait attendrede lui. S’il eût été le maître de suivre son goût dans le choixd’un état, il n’en aurait point eu d’autre que celui d’homme delettres ; regardé à peine comme un état par tous ceux qui ne lesont pas, et qui se piquent néanmoins de n’être pas.peuple;comme si le noble emploi d’éclairer ses semblables n’était pasune des occupations les plus dignes d’un citoyen honnête. Celuidont nous parlons ne ressemblait pas à ce jeune homme d’unemédiocrité sans espérance, à qui son père avait acheté unecharge, par la raison , disait-il, que son fils n 'avait pas l’espritde ne rien faire. Mais la famille de M. de La Monnaye, qui con-naissait toute l’étendue de ses talens , et qui voulait en tirer tout1 avantage possible pour lui et pour elle, désira qu’il embrassâtune profession où il put joindre l’honorable à l’utile; il se livradoue à la plaidoirie, plutôt par déférence que par goût, et ce-pendant avec toute la bonne foi et toute l’assiduité de com-mande qu’on peut mettre à la place de l’ardeur naturelle , maisqui n y supplée jamais. Peu flatté des applaudissemens qu’il ob-tenait au barreau, il tournait de temps en temps ses yeux avecdouleur sur les Muses qu’il avait abandonnées ; sa mauvaise santévint au secours de sa répugnance, et lui fournit un prétexte([u il saisit avidement, de renoncer au labyrinthe de la chicane ,pour etre enfin ce que la nature voulait qu’il fût. L’impressiond ennui et de dégoût que lui avaient laissée ses études de droit,était si forte qu’il ne pouvait même s’occuper des affaires liti-gieuses qui intéressaient sa propre fortune. Quelque agréables,
, Ancien correcteur cil la chambre des comptes de bourgogne , ne ;V Dijon ,° K l'un i6ji ; reçu h la place de Seraphim Regnier Desmarais, le a 3 <le'-ecmbi'e ijr3 ; mort j e i5 octobre 1728.