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Tome troisième.
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f?4 ÉLOGE

disait-il, que soient les mats de plaiir et de profit, je ne les en-tends point sans frémir , parce que l’un commence comme plai-deur, et l’autre comme procès , ou comme procureur.

Il rentra donc, avec autant d’empressement que de joie, dansla carrière de la littérature, et y consacra tous ses momens, neregrettant que ceux qui avaient jusqu’alors été perdus pour sapassion favorite. Son dévouement fut si entier, qu’il ne se pro-posa dans le travail d’autre récompense que le travail même,sans y joindre aucune vue de réputation, aucun désir d’avoirquelque part à cette fumée qu’on appelle gloire. La vaine ar-deur de paraître et de briller avant le temps, est peut-être lecaractère le plus distinctif des talens médiocres. Tourmentés dusentiment tacite de leur impuissance, ils semblent chercher às’étourdir par le suffrage de la multitude qui, malgré son inep-tie trop ordinaire, les fait souvent repentir, par ses dédains, deleur ambition prématurée , tandis que les véritables talens, sa-tisfaits du témoignage intérieur de leurs forces, dédaignent decourir au devant des lauriers que le public leur destine , et at-tendent que la renommée , qu’ils ne cherchaient pas, se trouvesur leur route sans qu’ils l’aient appelée.

M. de La Monnaye resta donc plusieurs années dans uneespèce d’obscurité philosophique , connu seulement de quelqueshommes de lettres du premier ordre , avec lesquels il était encommerce de lumières. Occupé d’études sérieuses et profondessur toutes les parties de la littérature, il ne se délassait de sesétudes que par une autre espèce de travail ; il donnait à la poésieles momens où il avait besoin de repos; mais il n’y donnait queces momens seuls, et ne parlait cette langue qu’à l’oreille dequelques amis dignes de l’entendre et de lui répondre.

Cependant le premier essai qu’il rendit public en ce derniergenre , fut honoré d’un triomphe très-flatteur. Il remporta de lamanière la plus brillante le premier des prix de poésie que pro-posa l’Académie Française. Le sujet était Y Abolition du duel parLouis XI/ Nous avons rapporté dans l’article de Charles Per-rault une anecdote qui prouve l’estime distinguée que l’Académieavait pour cette pièce ; estime qu’elle n’a pas toujours accordéeaux ouvrages couronnés, dont la faiblesse n’a souvent été rede-vable de la victoire qu’à la médiocrité de leurs rivales. Si la piècede M. de La Monnaye paraît aujourd’hui fort inférieure auxéloges qu’elle reput alors, il faut se transporter au temps où ellevit le jour, temps où les bons vers étaient encore assez rares, etoù Despréaux, Racine et La Fontaine, les seuls vrais juges enpoésie qu’il y eût alors (i), n’étant point encore de l’Académie,ne pouvaient être du nombre des juges, et dédaignaient de se