DE LA MOXAAYE. SU
mctlre au nombre des concurrens. C’est de ce point et de celleépoque qu’on doit partir pour apprécier avec une égale justicel’ouvrage, l’auteur, le jugement de 1 Académie, et les elogesmême qu’elle donna au poète : ces éloges furent confirmés alorspar la voix publique, et si hautement confirmés , que lécho,pour ainsi dire , en a retenti jusqu’à nos jours. Des hommes quiont traité bien plus sévèrement de bien meilleures pièces , célè-brent encore comme par tradition, l’excellence de celle-ci, qu ilsaiment mieux louer que de la lire ( 2 ).
Deux ans après, il remporta un second prix de poesie dont lesujet était : La gloire des armes et des lettres sous Louis XJJ;car on sait que ces prix étaient destinés à célébrer à perpétuitéla louange du roi; et que l’Académie n’a cessé, durant prèsd’un siècle, de payer à la mémoire de son protecteur ce tributannuel d’amour et d’encens ; elle n’a mis fin à son respectueuxet respectable hommage , que lorsque le public lui en a parurassasié, et la gloire du monarque fixée pour jamais.
Un nouveau sujet de prix , VEducation de monseigneur ledauphin, procura bientôt à M. de La Monnaye une troisièmecouronne. Cette suite continuelle de succès faisait désirer auxamis éclairés que l’auteur avait à Paris qu’il vînt s’y établir sansdélai, et jouir pleinement, sur ce grand théâtre, de tous lesavantages que devaient lui procurer ses talens, ses travaux etsa renommée. Mais M. de La Monnaye , qui joignait à la mo-destie la plus sincère l’amour de la solitude et du repos, et quivenait d’ailleurs de contracter, au sein de sa patrie , un mariageheureux, préféra la douce tranquillité dans laquelle il vivait, àl’éclat d’une gloire qui pouvait éveiller l’envie. A la bonne heure,disait-il, que mes bagatelles ( c’est le nom qu’il donnait à sespoésies) se montrent de temps en temps dans la capitale ; pourleur auteur il faut qu’il reste dans sa province, et qu’il se con-tente de ny être considéré que comme un simple correcteur descomptes. Car M. de La Monnaye venait d’acheter cette charge ,qui, en contentant le désir que sa famille avait de le voir quel-que chose , lui laissait tout le loisir nécessaire pour cultiver leslettres. Au contraire, ajoutait-il, si je venais à Paris, on neverrait en moi qu’un bel esprit; profession, à mon avis, aussidangereuse que celle de danseur de corde. Je n’ai d’ailleursaucune ambition, meme littéraire; et quant à ma fortune,toute bornée quelle est , j’en suis content. Je n’ai jamais riendemandé au roi , et je le prie seulement de ne me rien demandernon, plus. Ces derniers mots font voir que notre poète, toutdésintéressé qu’il était, souffrait avec peine la dureté de quel-ques impôts , dont en effet il se plaignait d’être accablé. 11 a