Band 
Tome troisième.
Seite
87
JPEG-Download
 

DE LA MONNAYE. 87

après avoir long-temps brillé parmi les athlètes , et lui font d’a-vance accorder ce titre par le public , dont l’Académie fait enfinprévaloir le respectable suffrage sur les manœuvres de la cabaleet de l’intrigue.

M. de La Monnaye augmenta donc , par de nouveaux triom-phes , le regret que la compagnie ressentait de ne pouvoir le pos-séder ; le prix qu’il reçut pour la quatrième fois, fut encore plushonorable pour lui que les précédens. L’Académie avait proposépour sujet, Les grandes choses faites parle roi en faveur de lareligion catholique : l’objet était plus fait, à beaucoup d égards,pour exercer des poètes que des philosophes ; car le zèle du roipour la religion, en donnant matière à de justes éloges, n’enlaissait guère moins à de justes plaintes sur l’abus funeste etscandaleux que des persécuteurs fanatiques avaient fait de la'piété du monarque. Le célèbre Santeuil avait composé, quelquetemps auparavant, une ode latine sur ce même sujet, et M. deLa Monnaye l’avait traduite en vers français; ces vers parurentassez beaux à Santeuil, juge d’ailleurs assez médiocre en poésienon latine , pour lui faire désirer vivement que l’ode françaisefût imprimée. M. de La Monnaye se refusa constamment à sessollicitations, disant que, tout couvert qu’il était des armesd’Achille , il craignait d’éprouver le sort de Patrocle. Santeuil,à l’insu de l’auteur, envoya la pièce au concours; elle remportale prix, quoique le poète latin l’eût mutilée à tort et à travers ,pour la réduire à l’étendue que l'Académie avait exigée. M. deLa Monnaye, satisfait de l’honneur inattendu qu’il recevait, priaSanteuil d’accepter la médaille, et n’eut pas sur cela beaucoupde violence à lui faire. Ce poète, à qui le grand Corneille avaitfait plus d’une fois l’honneur de le traduire , était plus contentdes traductions que M. de La Monnaye avait données de plu-sieurs de ses pièces ; il préférait même ce traducteur à tous lesautres. Il est vrai que les Despréaux et les Racine ne prenaientpas la peine de l’être , et le poète latin n’était guère mis en fran-çais que par des versificateurs , dont ses productions latines n’a-vaient rien à craindre. Le seul Corneille eût été redoutable; maisCorneille était rarement lui-même lorsqu’il se traînait sur les pasdes autres.

C’était alors une espèce de mode que les poètes latins , qui,par leur état de prêtre ou de religieux, se croyaient les plusfaits pour célébrer l’extirpation de l’hérésie, la chantaient dansla meme langue oh ils disaient la messe et l’office ; et les poètesfrançais traduisaient, avec empressement, ces productions deleur veine monastique ou sacerdotale. Eontenellc avait fait auE. Le Jay le même honneur que M. de La Monnaye à Santeuil ;