DE LA .MONNAYE. 8<)
Valière, devenue carmélite et disciple de cette Sainte, relusapar humilité la dédicace de la traduction, et Racine refusa, de soncôté, d’en entreprendre une nouvelle, disant, si nous en croyonsun panégyriste moderne de M. de La Monnaye, qu’on ne pouvaitmieux faire que lui. Ne serait-il pas permis de penser que l’auteurd’Iphigénie et de Phèdre, qui ne pouvait, même avec l’humilitéla plus chrétienne, se croire inférieur, comme poète, à M. deLa Monnaye, avait cherché en vain , dans la Glose de la reli-gieuse espagnole , quelqu’un de ces traits sublimes que lui avaitfournis l’Écriture pour les chœurs à’Eslher et à’Athalie , et qu’ilavait si éloquemment rendus? n’y a-t-il pas quelque apparenceque,, rebuté par l’indigence de l’original, il jugea à propos delaisser à d’autres la triste peine de mettre en rimes un si mé-diocre ouvrage ?
Quoique fidèle au Parnasse français , notre poète n’abandon-nait pas les Muses latines ; mais quelque succès qu’il eût en cegenre auprès de ceux qui s’y croient connaisseurs, il avouaitavec franchise que les poètes latins modernes ne pouvaient ac-quérir qu’une gloire précaire et de convention , une gloire dontVirgile et Horace se seraient peut-être moqués ; il convenait debonne foi que les prétendus Virgile et Horace modernes cessaientde le paraître , quand ils voulaient parler en vers leur proprelangue, qu’ils devaient pourtant mieux savoir que la langue la-tine; il n’y avait, selon lui, d’asile pour ce genre de poésie,que celui dans lequel Santeuii avait eu le bonheur ou l’esprit dese réfugier, les hymnes du bréviaire ; parce que la langue latineétant restée , pour ainsi dire, la langue naturelle de l’Église ca-tholique , ne laissait plus aux vers latins, suivant l’expressionmeme de M. de La Monnaye , que ce seul coin de réserve ou ilspussent se montrer avec quelque avantage. Il aurait pu ajouterque Santeuii s’était préparé d’ailleurs un triomphe assuré, eusubstituant ses hymnes aux cantiques barbares, ridicules, sou-vent meme indécens, dont les temples avaient retenti jusqu’alors.Nous n’en citerons pour exemple que l’hymne à la Madeleine,où 1 on disait que de chaudron elle était devenue fiole 1 ; et celleà S. Léonard , où , par une plate allusion au nom de ce Saint, on
quelque temps dans les cachots du Saint-Office à Tolède. Mais , dit un de sesnstoriens, elle éleva son cœur h Dieu du fond de sa prison, et entendit une?°!* qui lui disait d’avoir recours h son souverain; ce qu’elle lit. Philippe IIa jugea innocente, et la mit en liberté, avec les témoignages les plus flat-teurs de la sainteté de sa vie.
’ Post fïux a carnis scandala,
Fit ex lebete phiala.