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Tome troisième.
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DE LA MONNAYE. 91

tables. La dévotion vraie ou fausse , excitée par 1 envie , cruttrouver dans la naïveté du langage et dans la liberté des expres-sions qui faisaient l’agrément de ces noëls , un sujet affreux descandale. Ils furent déférés à la censure ; l’auteur en fit dansla même langue une apologie qui rendit les censeurs ridicules :

Quei pitié (dit-il) de voî tant de sotânes ■

Contre ein ruchô si fort se démenai !

Il parle, dans un autre endroit, d’un de ses censeurs les plusacharnés, janséniste fougueux , qui fut exilé peu de temps aprèsà Beaune, ville dont les habitans ne passent pas pour les plusspirituels de la Bourgogne ; l’auteur dit à son critique :

C’etai lai cas de choisir Beaune 2

. Pour y loge tel qui m’e' condamnai.

Bientôt, malgré les cris de l’imbécile superstition , on réim-prima les noëls ; l’auteur y ajouta même un glossaire bourgui-gnon pour les faire mieux entendre , tant le public était devenuaguerri sur le prétendu scandale. Il rendit ce glossaire intéres-sant par plusieurs remarques piquantes et curieuses : on y trouveentre autres l’extrait d’un sermon fort étrange du fameux mis-sionnaire S. Vincent Ferrier, sur ce qu’on appelle le devoir con-jugal ; ce sermon, plus semblable à un conte de La Fontaine oude Bocace par la nature du sujet et l’indécence du récit , qu’àune exhortation faite pour édifier les âmes pieuses, est un monu-ment précieux de l’innocence de l’orateur , et de la simplicitédes temps où cette singulière déclamation fut prononcée (5).

La persécution que M. de La Monnaye essuya au sujet de sesnoëls, occasiona peut-être ses recherches sur les livres proscritset condamnés au feu. La matière était digne d’occuper un hommede lettres philosophe; il eût été intéressant, dans cette espèce deNecrologe littéraire et criminel, de distinguer les innocensd avec les coupables , et d’opposer à la sagesse de quelques ar-rêts l’absurdité de plusieurs autres. Il n’aurait pas été moinsintéressant d’examiner dans quels cas il eût mieux valu aban-donner à l’oubli des productions plus méprisables que dange-reuses , que de leur donner, par l’éclat de la flétrissure , unecélébrité bien supérieure à leur mérite. C’est dommage que ces

* Quelle pitié de voir tant de soutanesContre un roquet si fort se démener!

Roquet est un gros habit de vigneron, et le bourguignon sotdne est heureuxpour exprimer la soutane des censeurs.

3 C’était le cas de choisir Beaune

Pour y loger toi qui m’as condamne.