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Tome troisième.
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recherches, qui 11’out pas vu le jour, aient été perdues pour leslettres : n’eussent-elles été que purement historiques, elles au-raient fourni à la philosophie une matière abondante de ré-ilexions; et le commentaire dont elle aurait pu orner le texteeût été bien précieux pour elle.

A l’occasion de ces malheureux livres , lacérés et incendiésdans tous les siècles par le concours des deux puissances, M. deLa Monnaye aimait à raconter un fait édifiant dont il avait ététémoin. Un P. Honoré de Cannes , prédicateur .capucin, digneémule des Menot et des Barlette 1 , avait fait une mission à Dijon,et après avoir converti toute la ville, comme c’est l’usage enpareil cas, faisait brûler solennellement, aux pieds d’une croixcolossale qu’il avait plantée, un monceau de mauvais livres queles nouveaux convertis avaient remis entre ses mains. Quelquesfeuillets à demi-brûlés d’un de ces ouvrages proscrits , emportéspar le vent, tombèrent aux pieds de M. de La Monnaye quiassistait à ce pieux spectacle ; il les reconnut pour être de Y His-toire de Joseph, qu’on brûlait ainsi, non parce que l’auteur étaitjuif, mais parce que le traducteur, Arnauld d’Andilly, était.janséniste. C’est avec ce discernement que de pareilles exécutionsont trop souvent été faites, soit par des prêtres et des moines fa-natiques, soit même quelquefois par des juges séculiers , leursrivaux de zèle et de lumières.

Toutes les poésies de M. de La Monnaye, nous le répétons ,n’étaient pour lui que le délassement des études plus sérieusesqui occupaient presque tout son temps. Il était devenu par sonsavoir une espèce de phénomène , et l’oracle de tous ceux qui leconsultaient. Son érudition était immense : histoire civile et lit-téraire ancienne et moderne , connaissance des livres et des au-teurs, critique, philologie, tout était de son ressort : il n’avaitpas simplement e/ïïeuré ces différens objets, comme ont fait tantde demi-savans ; il avait tout embrassé , tout approfondi par unelecture prodigieuse , que la plus vaste mémoire mettait touteentière à profit. Bayle , dans une de ses lettres, rend un témoi-gnage public de la reconnaissance qu’il devait à M. de La Mon-naye pour la composition de ce fameux Dictionnaire, si déchirepar les uns, si célébré par les autres, mais le seul ouvrage deson genre qui partage avec Y Encyclopédie l’avantage d’avoirvraiment des lecteurs. On s’entretient avec Bayle, disaitM.deLa Monnaye, et on consulte à peine ses semblables ; il scanda-lise quelquefois , mais il intéresse ; et les autres sont édifions ,mais insipides. L’estime si juste que faisait M. de La Monnaye

' Prédicateurs du quinzième siècle , devenus fameux par les extravaganceset les bouffonneries qu’ils débitaient en chaire.