DE LA MONNAYE. <V*
de eet écrivain philosophe , servit de prétexte aux ennemis denotre académicien, pour lui attribuer une vie de Bayle , qui ve-nait de paraître en Hollande, et qui apparemment ne plaisaitpas à ce qu’on appelle , quelquefois très-improprement, les gensde bien. L’accusé se justifia de ce prétendu crime; mais la ca-lomnie, suivant son usage, continua toujours à l’en charger; etlas de la repousser sans l’abattre , il finit par la laisser faire. Elleavait essayé , mais avec moins de succès , un autre moyen de luinuire ; c’était de faire imprimer un recueil très-altéré de sespoésies, précédé de l’éloge de l’auteur, qu’elle prétendait faitpar lui-même. La simplicité et la modestie bien reconnue deM. de La Monnaye le mit à l’abri de cette imputation, tropgrossière d’ailleurs pour en imposer à personne; et quoique desennemis qui louent , suivant la réflexion de Tacite, soient ordi-nairement les plus dangereux, il éprouva dans cette circonstancequ’il peut quelquefois y avoir de l’avantage à être loué maladroi-tement par des ennemis acharnés.
Ainsi M. de La Monnaye, réfugié presque entièrement dansl’asile de l’érudition , le plus sûr après les sciences exactes pourun homme de lettres qui veut vivre en paix , ne sortant de cetasile que rarement et par des vers qui ne devaient pas exciterl’envie , en essuya néanmoins les coups ; tant elle est attentiveà ne rien perdre de tout ce qui peut la faire vivre ! Ses ennemisn’attendirent pas , pour le déchirer , qu’il fût sorti de sa pro-vince et placé sur un théâtre plus fait pour blesser leurs yeux.Vous connaissez cette ville que j’habite , dit-il dans une de seslettres en parlant de Dijon ; de'tous les torts qu’onj-peut avoir,le mérite est sans contredit le plus grand ; une multitude d’en-nemis est le sort infaillible de tous ceux qui paraissent vouloirse distinguer. Vous avez lu mon Duel aboli. On a d’abord ditqu il ne valait rien ; et après que VAcadémie l’a couronné, ona prétendu qu’il n’était pas de moi. Je me suis vu noirci par descalomnies destituées de toute vraisemblance. On me laissaitnéanmoins, par grâce, une petite portion de sens commun. J’aivu sans m’ébranler tous les efforts que des hommes qui n’ont ja-mais eu à se plaindre de moi, ont faits pour m’ôter un peu deréputation que je n’ai ni recherchée ni désirée, parce qu’à direvrai elle ma toujours paru la chose du monde la plus indiffé-rente. Bien des auteurs ont tenu le même langage sur le méprisde la gloire , et ne l’ont pas tenu aussi sincèrement que M. deLa Monnaye ; il disait vrai en parlant de son peu d’avidité pourla renommée , sentiment qu’il portait jusqu’à la modestie làplus exemplaire. S’il ne fut pas un. grand poète dans la plupartde ses productions, il le fut encore moins par sou caractère ; il