DE LA MONNAYE. <)5
plus énergiques pour exprimer le tintamarre dont le poète seplaint dans cette satire.
Quoique traducteur de Despréaux, il n’était pas son imitateuraveugle dans l’adoration que le satirique avait vouée aux anciens.Tout versé qu’était M. de La Monnaye dans la lecture des auteurslatins et grecs , il semble avoir connu leurs défauts , et les avoirjugés presque aussi sévèrement qu’il aurait pu faire des écrivainsmodernes. S’il avait plu aux anciens, dit-il, de négliger un peumoins l’ordre dans leurs discours, la justesse dans leurs raison-nemens , la clarté dans leurs expressions, ils nous auraientépargné beaucoup de disputes touchant l’intelligence de plusieursendroits de leurs ouvrages. Peut-être cette complainte annonce-t-elle plutôt le chagrin d’un savant, contrarié de ne pas trouverdans les anciens de quoi satisfaire sa curiosité philologique, quela délicatesse d’un homme de goût, blessé des écarts ou lesgrands écrivains de Rome et de la Grèce sont tombés quelquefois ;mais il faut tenir compte à M. de La Monnaye de cette sincériténaïve, que n’ont pas toujours eue sur le même sujet des hommestrès-supérieurs à lui. Quelque cas qu’il fit des langues savantes,quelque soin qu’il eût mis à les cultiver, il ne pardonnait pasaux gens de lettres qui sacrifiaient à cette étude celle de leurpropre langue ; et il disait de deux savans académiciens ses con-frères , qu’ils avaient eu besoin d’entrer à l’Académie pour yapprendre à parler français.
Comme il ne croyait pas les anciens supérieurs en tout auxmodernes, il ne croyait pas non plus que parmi les ouvrages deces derniers , la priorité du temps fût un titre assuré du mérite ;et quoique 1 ’OEdipe de Corneille eût encore beaucoup de répu-tation lorsque Voltaire donna le sien , M. de La Monnaye eut lecourage de célébrer le nouvel OEdipe par deux vers latins 1 , oùil le préférait à celui de Corneille et à celui même de Sophocle.Cet éloge donné par un vieux rimeur à un jeune poète, et parun savant grec à un auteur français, aux dépens des anciens etdes morts , est un trait de courage bien remarquable dans l’his-toire des érudits.
Le premier ouvrage du nouvel académicien fut une éditiondu Menagiana , augmentée du double , purgée d’un très-grandnombre de fautes , et rendue intéressante par une infinité de
Il s’adresse à OEdipe :
Attica te gemuit, gemuit te Neustrica Musa ;
J'e Parisina ho die . major utrâque , gémit.
« La Muse d’Athènes, celle de Ncustrie ,-t’ont pleure; celle de Paris, su-» peneure a toutes les deux, te pleure aujourd’hui, »