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Tome troisième.
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DE LA MONNAYE. 97

style burlesque on appelle des rossignols d’Arcadie. Tels étaientautrefois les Dacier : tels sont aujourd’hui les Capperonnier etles La Monnaye. C’est avec cette équité et cette fine plaisanterieque le savant hollandais traitait nos gens de lettres. M. de LaMonnaye, dont il parlait avec tant de mépris, lui avait au moinsdonné l’exemple de la justice et de la décence avec laquelle unécrivain qui se respecte doit parler des autres nations. Car ilavait hautement blâmé le compilateur Chevreau, qui, aprèsavoir repris avec raison le père Bouhours d’avoir mis en question ,si un Allemand pouvait avoir de l’esprit, était tombé dans unécart semblable, en disant que le Moscovite est justementl’homme de Platon, un animal à deux pieds , sans plumes, àqui il ne manque rien pour être homme, que la raison, la pro-preté et le sentiment de la liberté naturelle. Notre académicienétait d’autant plus louable de relever cette injure grossière, qu’iln’a pu être témoin du rôle important que ces prétendus êtresà deux pieds sans plumes , ont joué depuis dans les affaires del’Europe, et de la manière dont ils ont répondu aux soins duczar Pierre et de ses successeurs, pour faire naître dans sa na-tion les arts et les sciences, et lui donner des mœurs et deslumières.

M. de La Monnaye jouissait paisiblement de sa renommée ,de sa considération , de ses amis, et d’une fortune dont la mé-diocrité suffisait à ses désirs, lorsque le funeste système , qui afait le malheur de tant de citoyens , vint aussi troubler son bon-heur. Agé de quatre-vingts ans, infirme et chargé de famille, ilse vit réduit à une indigence presque totale. Sa philosophie sou-tint avec courage une épreuve si cruelle. Il trouva quelque res-source dans la vente de sa bibliothèque , et surtout dans lagénérosité du duc de Yilleroi, qui, touché de son état, le pria devouloir bien accepter une pension , dont le bienfaiteur fut payéavec usure par les éloges du public. Aussi, dit-il à M. de LaMonnaye , quand celui-ci vint lui témoigner sa reconnaissance :C’est à moi, monsieur, à vous remercier, et me souvenir queje suis votre débiteur.

Peu d’années après ce désastre , l’infortuné vieillard perditsa femme qu’il avait toujours estimée et chérie ; cette perte l’af-fligea bien plus vivement que le renversement de sa fortune (G).Il ne fit plus que traîner une vie languissante , dont il attendaitla fin avec l’indifférence d’un sage qui n’a plus rien à regrettersur la terre. Il avait espéré d’avoir pour successeur dans l’Aca-démie, son compatriote et son ami, le président Bouliier; l’Aca-démie le fit jouir , dès son vivant, de l’avantage qu’il ne dési-rait que pour sa cendre ; il eut la satisfaction , quelques mois