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avant sa mort, de voir ce savant homme au nombre de sesconfrères.
Il n’avait pas besoin d’une autre épitaphe que de celle qu’ils’était faite lui-même en vers latins, la dernière année de savie ; épitaphe que la vertu , la sensibilité , la candeur semblentavoir dictée (7). Mais les gens de lettres ne se crurent pas dis-pensés des honneurs qu’ils devaient aux mânes d’un confrèresi estimable ;son tombeau fut honoré de leurs regrets poétiques,et le fut même avec assez de succès pour que son ombre n’ait pasété dans le cas de leur dire le vers de Passerat :
Amis , de mauvais vers ne chargez point ma tombe.
Les plus illustres amis de M. de La Monnaye se signalèrentdans cette espèce de concours ; et, parmi leurs différentes pièces,on doit distinguer les vers latins dont le père Oudin, jésuite,son ancien et fidèle ami, s’empressa de célébrer sa mémoire.
Pour résumer en peu de mots l’éloge de M. de La Monnaye ,nous dirons qu’il joignait à la littérature la plus variée et la plusagréable , une justesse de goût qui n’accompagne pas toujoursl’érudition ; au plus profond savoir , une douceur, une modestieet une politesse rare ; à la connaissance des langues savantes etétrangères, le talent de bien parler la sienne. Il eut toutes lesqualités propres à faire un critique judicieux, un commenta-teur éclairé, un excellent éditeur des meilleurs ouvrages. Il semontra poète latin et grec , aussi bon qu’un moderne peut seflatter de l’être ; et ne pouvant être Racine ni Despre'aux, il secontenta de suivre de loin Martial et Catulle. Si ses poésies fran-çaises nous semblent aujourd’hui beaucoup plus faibles qu’ellesne le parurent à ses contemporains, c’est que la nation , rassa-siée de chefs-d’œuvre en ce genre, et ayant sans cesse devant lesyeux des modèles redoutables pour qui s’expose au parallèle ,connaît beaucoup mieux les finesses de l’art et semble avoir ledroit de se montrer plus difficile.
NOTES.
(1) Racine ne fut de l’Académie qu’en i6y3 , deux ans après le juge-ment du premier prix de poésie ; Despréaux et La Fontaine n’en furentqu’en 1684 ; les satires de l’un et les contes de l’autre avaient empêchéles portes du temple de s’ouvrir plus tôt pour eux. Le seul grandpoète qui fût alors dans la compagnie, était Pierre Corneille, pluscapable de faire d’excellens vers que de bien juger ceux des autres.D’ailleurs ce grand homme faisait alors Pulchèrie et Bérénice, dont