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Tome troisième.
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DE LA MONNAYE. 101

geux à l'Eglise. Aussi le poète, après avoir loué tout ce que le princeavait fait de grand, selon la renommée ou selon les jésuites, finissaitsa pièce par une dixaine de vers latins que Fontenelle a rendus euassez mauvais vers; et ce qui est plus fâcheux, contraires tout en-semble à l’humanité , à la raison et a sa conscience.

Mais de tous ces exploits, et l’éclat et le fruit,

Et tout ce que Louis a fait par son tonnerre,

Cède à l’ouvrage saint que la paix a produit.

Cette hydre, qui sortant de l’éternelle nuit,

Déclarait au ciel meme une insolente guerre,

Tombe sous le héros dont le bras la poursuit,

Et scs cent têtes sont par terre.

Elles semblaient pourtant devoir se relever ;

Dans peu leurs sifHemens pouvaient sc faire entendre;

La nouvelle fureur qu'elles allaient reprendre ,

Plus que jamais eût osé nous braver.

Mais libre du péril que craignait votre Empire,

Vous vivez, grand monarque , et sans que votre brasS’attache contre l’hydre à de nouveaux combats,

Elle vous voit, et pour jamais expire.

Ce poète philosophe était plus laconique, lorsqu’il célébrait de luimême, et pour son compte (si nous osons parler ainsi ), la révocationde l’édit de Nantes; car dans une pièce qu’il donna en 1687, au con-cours de l’Académie, et dont le sujet était l 'Institution de Saint-Cyr ,on ne trouve sur cette révocation qu’un seul vers :

Par lui l’unique foi dompte l’hydre à cent têtes *.

Il était alors d’étiquette et comme d’obligation parmi les poètes, decélébrer la destruction du protestantisme; et c’était un tribut queFontenelle payait à l’usage, comme sa traduction des vers du P. Le Jayet du P. Commire en était un qu’il payait à sa reconnaissance ( assezmal entendue) pour ses anciens maîtres. Nos poètes, même les moinsphilosophes, se garderaient bien aujourd’hui de célébrer, même enun seul vers, cette révocation qui a été si funeste au royaume; et noshistoriens effaceraient, s’il leur était possible, de la vie de Louis XIVun événement si peu honorable à sa mémoire. Il n’en sera pas domême des historiens d’un grand prince de nos jours, qui bien plusennemi de l’intolérance par ses lumières que de l’Eglise romaine parla religion de ses aïeux; a permis aux catholiques de scs Etals d’éleverdans Berlin sa capitale une église pour y louer Dieu , dit-il, à leur

1 Fontenelle racontait quelquefois , pour s’égayer , la conversation plaisantequ’il avait eue dans le temps de la révocation avec un marchand de Rouen,calviniste zélé, et fort récalcitrant h sa conversion. «Comment veut-on ,» disait le marchand, que je croie au pape , à un homme qui prétend disposer« des couronnes?. ... Eli que vous importe, lui dit Fontenelle, pourvu qu’il» ne veuille pas disposer des boutiques ?.... Et la présence réelle, ajouta le» marchand, comment nie la persuaderez-vous?... . J’avoue, répondit le» philosophe , que la chose peut vous sembler dillicile à croire; mais un sujet» aussi lidèle que vous doit avoir cette complaisaucc- Iè pour le roi. » Le mai-ichand lut persuadé, et se convertit.