DE LA MONNAYE. io-5
» mardi : Aujourd’hui l’Eglise fait pour les Anges; le mercredi : Au-» jourd’hui le Christ fut vendu ; le jeudi : Hé ! monsieur, aujourd’hui» le Christ est monté au ciel ; le vendredi : Aujourd’hui le Christ a» souffert pour nous; le samedi : Aujourd’hui est le jour de la Vierge» Marie, le jour où elle seule conserva la foi. Le mari voyant qu’elle» trouvait toujours des excuses, appela sa servante, et lui dit : Venez,v ce soir coucher avec moi... Volontiers , monseigneur , rcpondit-elle.
» Ce que voyant la femme, elle voulut se mettre dans le lit, et le» mari ne voulut pas : Non, madame , allez prier pour nous, pauvres» pécheurs; et jamais depuis il ne voulut toucher à sa femme, tant il» la prit en aversion; mais il aima sa servante. Cet homme péchait» mortellement, et se damnait par la faute de sa femme. C’est pour-» quoi Elisabeth, quoiqu’elle fût dévote, sainte et vieille, du mo-» ment qu’elle en fut requise par son mari, lit tout ce qu’il voulut,» et conçut de lui. Au bout de trois mois le ventre lui grossit, et elle» disait .lié! malheureuse! quest ceci? est-ce que je serais hydro-» pique ? Finalement elle reconnut qu’elle était grosse. De quoi Elisa-» beth la sainte était très-honteuse, et à tel point que S. Luc nous» apprend qu’elle se cacha durant cinq mois. Je pense donc qu’elle» se lit de larges houppelandes, et des robes bien amples, pour» cacher sa grossesse, craignant d’entendre dire aux gens : Voyez» donc cette dévote qui s J amuse encore à la bagatelle. »
Voici quelques autres passages plaisans d’anciens sermons, etdifférons traits singuliers qu’on trouve dans les notes de M. de LaMonnaye sur ses noéls bourguignons. Ces traits amuseront asseznos lecteurs,pour qu’ils nous pardonnent de les insérer ici, les noclsd’ailleurs étant devenus assez rares.
« i°. Le vieux P. Blandin, jésuite, qui par son long séjour à Dijon s’y» était comme naturalise , prêchant à Saint-Philibert le jour do» l’Annonciation, et y expliquant le nigra sum , sed formosa(je suis» noire , mais belle) , du cantique des cantiques ; ce nigra sum , disait—» il, mes chers auditeurs, ne doit pas être pris à la lettre : non la» Sainte Vierge n’était pas noire ; le verset suivant, où elle est appe-» lée fusca, fait voir qu’elle n’était que brunette. Barlette, dans son» sermon du cinquième dimanche de carême, s’en explique aiusi :» Fuit nigra aliquantuliun, et hoc triplici rations; primo, rations» complexionis, quia Judœi tendant in brunedinem quandam, et ipso.» fuit Judœa ; secundo, testificationis, quia I.ucas qui très fecit ima-» gines , unam Romce , aliam Loreto , aliam llononiœ , sunt brunce ;» tertio, assimilâtionis; filiusmatri communitcr assimilatur, et è con-» verso ; sed Christi faciès fuit bruna... (Elle fut tant soit peu noire,» et cela par trois raisons ; d’abord, à raison de sa complcxion,
' * parce que les juifs tirent sur le brun, et qu’elle était juive; secou -» dement, à raison de ses portraits, parce que Luc qui a fait trois» images, une h Rome, une à Lorettc, une à Bologne, toutes trois» sont brunes. (On conserve ici dans la traduction jusqu’au défaut,» de construction du latin. ) Troisièmement, à raison de resscm-» blance : le fils ressemble ordinairement h sa mère, et réciproque1 ment; or la face du Christ était brune.