DE LA MONNAYE. 107
» aveugles, et la vue aux sourds, est un innocent quiproquo, unique-» ment affecté pour égayer le cantique. Ces sortes de méprises échap-» pent dans la chaleur du discours, et souvent même ne sont pas» remarquées par l’auteur. Telle est celle de cet officieux importun» que Le Berni, dans son Capitolo à Fracastor, introduit parlant» ainsi :
Hô d’un vin che fà vergogna al greco,
Con esso vi dar ù frutte e confetti
Da far veder un sordo, odire un ciceo.
(J’ai d’un vin qui fait honte au vin grec, et je vous donnerai avec ce vindes fruits et des confitures à faire voir un sourd et entendre un aveugle.)
)> L’épigramme suivante sur un thaumaturge de nos jours est dans» ce goût :
Oui, j’ai du fameux Daviane (c’ctait un capucin)
Touché la robe, moi profane;
C’est un saint, je l’ai vu, c’est un homme sans pair.
Sitôt qu’il arriva , malades y coururent ;
IJn aveugle, un boiteux y furent :
L’aveugle marcha droit, et le boiteux vit clair.
» Je me souviens, ajoute M. de La Monnaye, que pour surprendre» un de mes amis qui n’avait pas ouï parler de ce capucin, je com-)> mençai par lui en faire gravement l’éloge, après quoi je lui récitai» cette épigramme ; prévenu comme il était, il me demanda sérieuse-» ment si la chose était bien vraie. »
Ces vers rappellent ceux de Voltaire sur les miracles qui se faisaientpar milliers à Saint-Médard en 173 a, au tombeau de l’abbé Paris,que les jansénistes appelaient le bienheureux diacre, et qui ne faitplus de miracles , depuis qu’on a simplement fermé la porte du cime-tière où il est enterré, c’est-à-dire, depuis qu’on a muré, suivantl’expression d’un écrivain moderne, l’atelier où se fabriquaient leslunettes du fanatisme :
L’aveugle y vient pour voir , cl des deux yeux privé,
Retourne aux Qüime-Vingls mannotaut son Ave ;
Le boiteux saute et tombe, etc.
On peut opposer à ces vers sur des miracles ridicules , le beau versde La Motte sur les miracles que nous sommes obligés de respecter :
Le muet parle au sourd étonné de l’entendre.
” 6°. Comme Despréaux, dans sa dixième satire, a dit une C’a-it panee pour une femme impie, à cause de ce Capanée fameux par» son impiété envers les dieux, l’auteur des noëls a dit de même unu Boivault femelle, pour dire une grande joueuse, à cause du prési-« dent Boivault, delà chambre des comptes de Dijou, l’un des plus« grands joueurs de son temps. On conte de lui qu’un soir, veille de» Noël , s’étant engagé au jeu, il joua toute la nuit, et même une» partie du lendemain, en sorte qu’il ne reutra chez lui qu’à deux