Band 
Tome troisième.
Seite
108
JPEG-Download
 

io8 NOTES SUR L’ELOGE

» heures après midi. Il avoua sans façon à sa femme, avec laquelle» il ne se contraignait pas, qu’il venait de l’Académie , où il avaita passé la nuit à jouer jusqu’à l’heure qu’il était, et qu’il avait perdua quinze cents pistoles. — Comment, lui dit sa femme, vous avez» joué toute la nuit jusqu’à l’heure qu’il est, vous n’avez donc pas» ouï la messe? — Non, répondit-il froidement. — Ah ! malheureux ,

» s’écria-t-elle, il (ne faut pas s’étonner si vous avez perdu. — Ma» mie, répliqua-t-il sans s’émouvoir, celui qui m’a gagné ne l’a pas» ouïe non plus.

» 7". Au couplet pénultième d’un des noëls, il est dit que la 'Vierge» conçut par l’oreille. »

C’est ce qu’on lit dans une ancienne prose :

Gaude, /'iVqo , Mater Ghristi,

Quœ per aurem concepisti.

Réjouissez-vous, Vierge, mère du Christ, qui avez conçu par l’oreille.

Et Sannazar, liv. I : De parta Virginie, fait parler ainsi l’ange à laVierge :

Imo istas , quod tu minime , juin Terc , per aures,

Excipis interpres , fœcundam Spiritus alvumInjluet, implebitque potenti ’viscera partu.

(6) M. de La Monnaye regardait comme une de ses meilleuresproductions un sonnet italien qu’il lit sur un voyage de sa femme.C’est dommage, si celte pièce était aussi bonne qu’il le croyait, qu’ill’ait terminée par une espèce de jeu de mots assez insipide ; sa femmes’appelait Henriot, et le sonnet finit ainsi : Eh torni , eh torni ( hélds!revenez, revenez ). Cet eh torni, dont apparemment l’auteur se savaitbon gré, est l’anagramme (un peu froide) du nom de sa femme. Unpoëte qui exprime sa douleur par des anagrammes, n’a pas l’air d’êtrefort affligé.

Il fit aussi, sur la mort de sa femme, qu’il perdit en 1726, âgée dequatre-vingt-trois ans , une pièce de vers français, dont nous citeronsquelques uns, non comme d’excellens vers, mais à cause du sentimentvrai et touchant qu’ils expriment.

Rien ne peut adoucir le chagrin qui me ronge ;

Je hais la clarté du soleil,

Et si je cherche le sommeil,

C’est pour te retrouver en songe.

Nous fûmes moins époux qu’amans :

Dix lustres, avec toi, m’ont paru dix momens ;

Et dix momens, sans toi, me paraissent dix lustres.

Que deviendrai-je? hélas ! tu pars, et je demeure.

Ton âme, loin de moi, sans doute dans les cienxGoûte un repos délicieux,

Et moi, je soupire, je pleure.

Devant fe précéder, bientôt je te vais suivre;

Désormais,, chère ombre, il est tempsQue la l’arque à la mort me livre.