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ÉLOGE
et perfectionna, par cette lecture assidue, les talens que la na-ture lui avait donnés. Il cultiva surtout, d’une manière distin-guée, le talent de la parole, et brilla dans la chaire par ses ser-mons, et par plusieurs oraisons funèbres ; mais il obtint surtoutles suffrages les plus flatteurs à la cérémonie du couronnementde Louis XY, et prononça un discours très-applaudi. Cependant,comme il n’j a point de succès multipliés qui ne soient à la finmêlés de quelque amertume, pour la consolation de l’envie,l’évêque d’Angers devait éprouver ce malheur, et payer ce tributà la condition humaine. Il se vit obligé de prononcer une oraisonfunèbre dont le héros ", digne à plusieurs égards d’être loué dansl’histoire, ne l’était pas autant d’être pleuré à la face des autels.Plein d’une juste et sainte frayeur sur le salut de celui qu’il cé-lébrait, l’orateur laissa dans son discours échapper ce peu demots : Je crains ; mais j’espère. Cette sincérité si chrétienne ,exprimée avec tant de ménagemens, déplut, malgré toute saréserve : mais le motif de celte disgrâce était trop honorablepour qu’il daignât en être affligé ; aussi ne lui fit-elle rien perdredans l’esprit de ceux dont il ambitionnait l’estime ; il l’auraitperdue en voulant conserver la faveur , et il n’hésita pas sur lechoix.
Cette oraison funèbre , si fatale à l’évêque d’Angers , offre untrait vraiment sublime. Pénétré d’une terreur religieuse à la vuedes jugemens de Dieu , que son héros a subis, il s’écrie avec uneéloquence digne à la fois des Bossuet et des Massillon.... Du pied
du plus beau trône du monde , il tombe _ dans l’éternité. Mais
pourquoi, mon Dieu, après en avoir fait un prodige de talens,n en feriez-vous pas un prodige de miséricorde ? Quand l’évêqued’Angers n’eût écrit que ce peu de mots en toute sa vie, il nedevrait pas être placé dans la classe des orateurs ordinaires.Mais il était destiné à essuyer, à l’occasion de ce discours, deschagrins et des contradictions de toute espèce. Un journalistede Hollande, soit malignité , soit ineptie , rendit de cet ouvrageun compte infidèle , où les traits du prince , déjà peu flattés parl’orateur , l’étaient encore moins par l’annaliste. M. Poncets’en plaignit, mais avec le succès ordinaire aux plaintes que lesauteurs font si souvent de ces sortes d’extraits ; plaintes qui, tou-jours sans effet, dégoûtent aujourd’hui les écrivains les plus sagesde ces inutiles réclamations, et leur font prendre, suivant lescirconstances , ou le parti rarement nécessaire d’une éclatantereprésaille, ou le parti plus noble d’un silence dédaigneux.
Nous avons remarqué, dans l’éloge de Fléchier, qu’il est dif-ficile d’être orateur sans avoir au moins commencé par être poète.
‘ Le duc d’Orléans, régent du royaume.