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Tome troisième.
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lia ÉLOGE

Aussi deux académies partagèrent entre elles les deux frères ;l'aîné fut de l’Académie des sciences , et le cadet, celui dontnous avons à parler, fut membre de l’Académie Française. Ilne manque aux honneurs littéraires de celui-ci, que d’avoir eu,comme son frère, Fontenelle pour panégyriste.

La Faye avait mérité son titre d 'académicien par les agré-mens de son esprit, la finesse de son goût, son amour et ses ta-lens pour les lettres , et surtout pour la poésie. Quoi qu’il sefût principalement adonné à la poésie légère, il fit voir néan-moins dans quelques occasions, que la poésie la plus élevéen’était pas supérieure à ses forces. Il avait fait une belle ode àla louange de celles de La Motte , et l’avait adressée à cetingénieux académicien, dont il était l’ami. Cette ode fut im-primée dans plusieurs éditions des odes de La Motte; et, cequi est assez digne de remarque, elle le fut avec une autrepièce à la louange des mêmes odes, par le poète Roi, qui depuischangea bien de langage , et qui, après avoir vu ou cru voirdans les mains de La Motte la Lyrm'd’Horace 1 , c’est le titrede la pièce qu’il lui adressa , lui accorda ensuite à peine la Lyrede Gacon. Des motifs d’animosité particulière , des liaisonsavec quelques littérateurs ennemis ou jaloux de La Motte , pro-duisirent ce changement dans le poète Roi. Toute sa conduitelittéraire n’a que trop prouvé qu’il ne se piquait ni de scru-pule ni de justice , quoiqu’il eût besoin lui-même , pour ungrand nombre de ses productions poétiques , de l’indulgencequ’il refusait si sévèrement à celles des autres (t). La Faye nel’imita pas ; il fut, jusqu’à la fin de sa vie , le partisan zélé destalens de La Motte, et avec d’autant plus de franchise, qu’ilétait d’ailleurs bien éloigné d’adopter toutes les opinions litté-raires de son ami. Car, lorsque ce dangereux novateur en litté—ture avança ses paradoxes contre la poésie , La Faye défenditl’art des vers par une autre ode , supérieure encore à celle qu’ilavait faite autrefois pour célébrer La Motte. Dans cette nou-velle ode, La Faye prouve, ou plutôt, ce qui est mieux encore,fait sentir, en vers harmonieux, combien les entraves apparentesde la mesure et de la rime produisent de beautés , que le poèteh’eût pas enfantées sans cette contrainte ; il fait un usage heu-reux de cette pensée de Montaigne : Tout ainsi que la voix,contrainte dans l’étroit canal d’une trompette, sort plus aiguëet plus forte; ainsi me semble-il que la senlencc. ( la pensée ),jiressée aux pieds nombreux de la poésie, s’élance bien plusbrusquement, et me fiert (frappe) d’une plus vive secousse (2).

1 On peut voir ?ode de M. de La Faye et celle du poète Roi. dans les mé-moires de l’abbé Trnblet, sur Fontenelle et La Motte, p. 36 ’a et 370.