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DE LA FAYE.
Cette comparaison, aussi juste qu’énergiquement exprimée, aété rendue ainsi par La Faye.
De la contrainte rigoureuseOù l'esprit semble resserre,
. Il reçoit cette force heureuseQui l’èlêvc au plus haut degré.
Telle, dans des canaux pressée,
Avec plus de force e'Iancee ,
D’onde s’élève dans les airs;
Et la règle qui semble austère,
IN’est qu’un art plus certain de plaire,
Inséparable des beaux vers.
Voltaire a jugé cette stance digne d’être citée dans la réponsequ’il fit de son côté à La Motte , en faveur des vers ; car cegrand poète prit aussi les armes en cette occasion ; il était bienjuste fju’ Achille soutînt l’honneur de sa lance. Les lecteurs, quicompareront la prose de Montaigne avec les vers de La Faye ,jugeront si le poète a prouvé par ses vers cette supériorité deforce qu’il attribue à la poésie sur la prose. Mais , dussent-ilsdonner l’avantage au philosophe prosateur sur le versificateurson copiste, ils ne seraient pas fondés à conclure de cette pré-férence , reconnue ou contestée , la prééminence de la prose surles vers ; un seul exemple ne pourrait ni appuyer leur assertion ,ni la détruire. Il faudrait, pour la bien juger , comparer la prosede Cicéron avec les vers de Virgile , et prononcer ensuite , sion l’osait, pour l’orateur ou pour le poète (3).
La Motte , bien loin de s’offenser de l’attaque si noble et sihonnête de La F’aye, fit à son ode le plus grand honneur qu’ilcrût pouvoir lui faire : il la mit "en prose, et s’imagina ne luiavoir rien fait perdre ; à peu près comme un musicien qui, pourfaire sentir tout le charme d’une belle ariette, s’aviserait de luiôter le mérite de la mesure , et de la traduire en récitatif.
Cette traduction, ou plutôt ce travestissement par lequel LaMotte croyait décorer l’ouvrage de La Faye , prouve au moinsque la diversité d’opinions n’altéra en rien leurs sentimens mu-tuels ; ils conservèrent toujours l’un pour l’autre une amitiéqui les honorait tous deux. On prétend , on répète sans cesse,on a imprimé dans cent brochures, que cette équité n’est pascommune parmi les gens dé lettres, et que leur vanité est uneespèce de Siharite qui se croit blessée à mort dès qu’on l’ef-fleure. Nous osons croire qu’on la trouverait moins délicate , siceux qui censurent les ouvrages de leurs confrères, montraient,dans leurs attaques , Autant d’honnêteté que de justice ; si enremarquant les fautes réelles ou prétendues, en combattantles erreurs , ou ce qu’ils prennent pour des erreurs, ils ne met-