Band 
Tome troisième.
Seite
115
JPEG-Download
 

DE LA FAYE. ii5

» de son choix, et il ne me conviendrait pas d’en dissimuler les

» raisons par égard pour votre délicatesse.Nous retrou-

» vons en vous des talens qui ne vous ont servi, comme à votre» prédécesseur, que de délassement dans des fonctions impor-» tantes. Mais sur ces poésies mêmes qui vous sont échappées» dans vos momens de loisir, il J a un témoignage bien flatteur» à vous rendre : vous n’y avez admis qu'un badinage élégant

» et des grâces mesurées .Ce sentiment si vif et si dé-

» licat du ridicule , ces expressions naïves et fortes, si propres>> à le peindre d’un trait durable , ces avances pour la satire ,

» trop bien accueillie de nos jours , ne vous ont jamais tenté.

>■ Vous avez fui cette gloire injuste, dont la malignité des>> hommes est si prodigue pour ceux qui la flattent, et vous» n’avez fait que vous jouer des mêmes armes dont tant d’autres

» n’ont cherché qu’à blesser.Le vrai mérite des hommes

» est souvent le plus inconnu; il consiste, en bien des occa-» sions , plutôt dans les choses qu’ils se défendent, que dans

>> celles qu’ils se permettent.Mais je me hâte de vous en-

» visager par un avantage qui vous est plus propre, et qui a» beaucoup influé dans notre choix.... Cette science du monde ,

» qui n’est pas toujours familière aux gens de lettres, si agréable,» toute profonde qu’elle est, sans laquelle les autres sciences» ne seraient que d’un commerce sec et rebutant , et qui seule« se passerait de toutes les autres ; ce sentiment prompt des» convenances, qui sait rendre à chacun avec grâce ce qui lui» est dû ; qui sait mesurer si juste les dilférens degrés de res-» pect, d’amitié, d’alfabilité, selon les personnes et les circons->. tances; tout cela ne paraît-il pas en vous un don de la na-» ture? j’ajoute le génie de la conversation , qui semble vous» inspirer toujours. Vous savez l’animer sans vouloir y briller;>> plus content d’avoir mis en mouvement l’esprit des autres,

>> que d’avoir fait remarquer le vôtre même.C’est cette

» politesse , ces grâces , cette gaieté française qui, pour ainsi» dire, vous ont rendu, chez les étrangers, l'apologiste de” notre nation. Une jeunesse indiscrète leur avait donné quel-» quefois une fausse idée de notre caractère; ils nous accusaient>> de légèreté , d’imprudence , et d’un dédain ridicule pour des» manières éloignées des nôtres : vous leur avez donné, mon-" sieur, une idée bien différente. Ils vous ont vu joindre l’eu—” jouement à la raison , la liberté aux égards , et la prudence à» la vivacité même. «

On voit , par les dernières lignes de cet éloge , que le goûtde La Faye pour les lettres, et l’assiduité avec laquelle il lesavait cultivées , ne Vavail pas empêché de passer par d’autre.;