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Tome troisième.
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116 ÉLOGE

états avant de finir par celui d’académicien. Il avait été succes-sivement dans le service et/dans les négociations : il avait voyagé,soit pour les affaires de l’Etat, soit pour sa propre satisfaction ,dans presque toutes les cours de l’Europe, et partout il avaitobtenu l’amitié de tous ceux avec qui il avait à vivre, et la con-fiance de tous ceux avec qui il avait à traiter.

M. de La Faye, outre les plaisirs qu’il goûtait dans le sein del’amitié, et les avantages que lui procurait la considération dontil jouissait, avait encore, pour son bonheur, tous les goûts quipeuvent rendre la vie douce et agréable. 11 aimait les tableaux ettous les ouvrages de l’art ; il en forma une collection précieuse :mais bien différent de tant de faux amateurs , qui ne le font quepar vanité , et dont les cabinets , moins riches que fastueux, nedécèlent que leur ignorance et leur ineptie , il ne se décidaitdans ses choix ni par les noms , ni par la prévention pour uneécole particulière. Il préférait le chef-d’œuvre d’un peintrepresque inconnu, au médiocre tableau d’un célèbre artiste (4).C’était vraiment un homme de goût, digne en tout genre et entout sens de ce nom si souvent usurpé. Jamais convive ne futplus agréable. Doux et animé, modeste sans affectation , docilepour lui-même et indulgent pour les autres, on disait de luiqu’il était l’homme que la nation devait montrer aux étrangers,pour leur faire connaître un Français vraiment aimable. Il l’étaitau point de sacrifier quelquefois les avantages qu’il avait dansla conversation , au plaisir d’y voir briller les autres. 11 aimait,par exemple , à piquer doucement, par de légères contradic-tions, son ami La Motte , pour lui donner occasion de déployer,dans ses réponses , toute la finesse et toute l’aménité de son es-prit. Un des amis de M. de La Faye , excellent poète , si on encroit le Mercure , fit à son éloge les vers suivans, qui ont dumoins le mérite de la vérité.

La Faye a joie, amis, santé, pëcune :

Or désormais, gens à plume ou pinceau,

Avisez-v quand peindrez la Fortune,

Elle y voit clair : peigncz-la sans bandeau.

Cependant, le croirait-on? cet homme de mœurs si estimableset si douces ne put échapper à la satire. Il fut outragé dansles fameux couplets qui causèrent les malheurs du poète célèbreJ. B. Rousseau; mais il ne se vengea de l’outrage que par lemépris. Son frère , capitaine aux gardes , et outragé plus cruel-lement encore dans les mêmes couplets , ne se montra pas aussiinsensible. Il exerça contre celui qu’il en croyait l’auteur, toutela rigueur d’une vengeance militaire '.

1 C’est avec regret que nous rappelons ici un fait malheureusement trop