DE LA FAYE. 117
Il ne sera peut-être pas inutile de rapporter à ce sujet uneanecdote assez propre à faire connaître le poëte coupable oninnocent qu’on accusait de ces couplets. Comme il se plaignaitavec amertume des mauvais traitemens que cette satire lui avaitattirés , quelqu’un, qui feignait de compatir à son sort , lui ditque sa plainte était d’autant plus juste, qu’il fallait être bienpeu connaisseur en poésie , pour lui attribuer des vers si peudignes de ses talens : Vous êtes bien, bon, monsieur, réponditle poëte ; mais les vers ne sont pas si mauvais y trait de naïveteou de caractère , qui montre que si l’accusé n’étàit pas le pèredes enfans dont il prenait la défense, il était au moins très-digne de l’être.
M. de La Faye fut vengé des satires qu’il essuya , par l’estimeet l’amitié d’un écrivain bien fait pour l’en consoler, par Vol-taire, qui , dans les vers et la prose qu’on va lire , a exprimé sesseutimens pour notre aimable académicien.
« J’ai bien envie de revenir bientôt souper avec vous , et» raisonner de belles-lettres : je commencera beaucoup m’en-» nuyer ici. Or, il faut que je vous dise ce que c’est que l’ennui,
Car vous qui toujours le chassez,
Vous pourriez l’ignorer peut-être;
Trop heureux si ces vers, à la hâte traces ,
Ne vous l'ont déjà fait connaître!
C’est nn gros dieu lourd et pesant,
D’un entretien froid et glaçant,
Qui ne rit jamais, toujours bâille,
Et qui depuis cinq ou six ans,
Dans la foule des courtisans,
Se trouvait toujours à Vcrsaillc.
Mais on dit que tout de nouveauVous l’allez revoir au parterreA11 Capricieux de Rousseau;
C’est là sa demeure ordinaire.
» Au reste , je suis charmé que Vous ne partiez pas sitôt pour» Gènes ; votre ambassade m’a la mine d’être pour vous tin bé-» nélice simple. Ne ressemblez point à ces politiques errans» qu’on envoie de Parme à Florence, et de Florence à [Iolstein,“ et qui reviennent enfin ruinés dans leur pays , pour avoir eu» le plaisir de dire : le roi, mon maître. Il me semble que je" vois des comédiens de campagne qui meurent de faim , après" avoir joué le rôle de César et de Pompée. »
. Nous terminerons cet éloge par les vers suivans , oit Voltaire
connu, et consigne, pour la limite (les lettres, dans Ics facUims imprimescontre J, R. Rousseau. Puisse au moins cette triste leçon être utile aux jeunes'Roc'tes, qui, avec moins de talens que lui, se permettraient les mêmes écarts