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Tome troisième.
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119
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DK LA FAYE. 119

limité de l'auteur des Essais sur ie très-obscur Lhassignet, qui paraîtavoir été à peu près son contemporain , car on ignore même précisé-ment dans quel temps ce malheureux riineur a vécu, permet de croireque l’illustre philosophe est auteur de la traduction originale , quoiqu iln’eût pas l'honneur d’être poète, et qu’il ait meme eu le malheur dedonner à vingt-sept sonnets de son ami La Boétie, des éloges aussiétranges que peu mérités 1 .

( 3 ) On attribue à La Faye ces autres vers, qui, malgré la singularitéet la dureté même de la fabrique , expriment avec une sorte de vigueurdes maximes plus importantes que pratiquées.

Cache ta vie; au lieu de voler, rampe ,

A dit un Grec ; je tiens qu’il eut raison ;

Du cœur humain il connaissait la trempe;

Bonheur d’autrui n’csl pour lui qu’un poison :

L’homme est injuste, envieux sans relèche;

Il souffre à voir son semblable estimé.

Mérite un nom ; mais pour vivre heureux, lâche ,

Avant ta mort, de n’être point nomme.

C’est ainsi que notre académicien a rimé le vœu si répété et si peusincère, que tant de philosophes avaient exprimé avant lui, d’être in-connus de leur vivant; mais qu’ils n'ont laissé voir qu'apres avoir faittout ce qui était en eux pour être célèbres, et après avoir eu le bonheurou le malheur d’y réussir.

Si l’on peut reprocher avec raison trop d’âpreté et de rudesse dans lesvers précédens, ceux que nous allons citer prouveraient que La Fayesavait très-bien, quand il le voulait, prendre une autre manière, etdonner à sa poésie la forme la plus douce et la plus facile.

Projet flatteur de séduire une belle,

Soins concertés de lui faire sa cour,

Tendres écrits, scrmens d’être fidèle,

Airs empressés, vous n’étes point l’amour.

Mais se donner sans espoir de retour,

Par son désordre annoncer que Fou aime;

Respect timide avec ardeur extrême,

Persévérance au comble du malheur,

Dans sa Philis n’aimer que Philis même :

Voilà l’amour; il n’est que dans mon cœur.

' Voici la.traduction de Chassignet : « Ni plus ni moins que la voix, cou» trainto dans l’étroit canal d’une trompette, sort plus aiguë et éclate plus» fort; ainsi me semble-t-il que la sentence, pressée aux pieds nombreux de» la poésie, s’élance bien plus brusquement, et nous frappe d’une plus vive» secousse. (Voyez les Annales poétiques, t. 8.)

On peut remarquer dans la version de Montaigne deux expressions vieil-lies, semblc-il et Jiert , qui, dans celle de Ghassiguet, ont été rajeunies ensemble-t-il et frappe ; au moins si les auteurs des Annales poétiques oî ttranscrit exactement le passage de ce poète : ce qui serait une nouvelle prcu\ ed antériorité pour la traduction du philosophe. Voilà de quoi exercer les ama-teurs d’anecdotes littéraires.