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célébré, chéri même partout où il y a des hommes dignes d’êtreses lecteurs. Telle était la perspective brillante qui avait éblouile jeune La Motte, déserteur du barreau pour les lettres. Maisil n’avait vu , dans son enthousiasme naissant , que les lauriersqui semblaient l’attendre : il ignorait les écueils dont sa routeallait être semée, et il avait besoin que l’expérience l’en instruisît ;l’expérience fut prompte et cruelle.Une comédie, son coup d’essai,tomba, et tomba au Théâtre-Italien , qui n’étant alors qu’unthéâtre de farces , ne laissait pas même à l’auteur infortuné laconsolation de croire que les spectateurs avaient été difficiles ( 2 ).La disgrâce ne pouvait être plus mortifiante ; elle affligea si vi-vement l’écrivain novice, qu’elle le fit renoncer pendant quel-ques mois au théâtre, auxlettres, et même aux hommes. Il allase jeter à la Trappe, et se crut pénitent parce qu’il était humilié.Cette vocation n’était que le fruit malheureux et avorté de l’a-mour-propre mécontent; aussi ne dura-t-elle que le temps né-cessaire pour le calmer et pour lui faire reprendre l’espoir etdes forces. Ce moine si peu fait pour l’être, et que le dépit avaitdonné au cloître pour quelques momens, fut bientôt rejeté dansle monde , et ne prouva que trop, dès qu’il s’y fut replongé , àquel point sa ferveur était refroidie. Il fit le charmant opéra de1 ’ Europe galante. Campra, qui n’avait fait encore que des messeset des motets pour la cathédrale de Paris, transfuge comme LaMotte du sacré au profane , mit cet opéra en musique, et futsi enivré, ou plutôt si perverti par le succès, que l’Eglise à la-quelle il avait jusqu’alors consacré ses talens, se vit aussi obligée,non sans douleur, de l’abandonner au théâtre (3).
La Motte donna peu de temps après avec Destouches la Pas-torale d’Issé , qui n’eut pas moins d’applaudisseinens que VEu-rope galante. Cette Pastorale était d’abord en trois actes : on luiconseilla de la mettre en cinq, pour l’élever, disait-on, à htdignité de grand opéra; mais le grand opéra ne gagna rien àcet honneur, ni l’auteur à sa complaisance; il eût beaucoupmieux fait d’abréger son ouvrage, en supprimant un épisodedisparate et mesquin 1 , qui fait traîner et languir l’action prin-cipale , et qui retranché de la pièce, comme il pourrait et de-vrait l’être, lui rendrait tout l’intérêt dont le grand opéra avaitfait si généreusement le sacrifice.
Il fit depuis avec différens musiciens plusieurs autres opéras’,
’ L’épisode de Pan cl de Doris, dont la froide gaieté tranche avec lesujet de la pastorale, h laquelle il ne lient d’ailleurs en aucune manière. Oua supprimé h la dernière reprise quelques scènes de cet épisode; on aurait dules supprimer toutes.
3 J’écris toujours au pluriel opéras , et non opéra , malgré la décision cou-