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Tome troisième.
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DE LA MOTTE i?3

dont la plupart réussirent ; quelques uns furent moins heu-reux , mais par une raison contraire à celle qui en a fait tomberbeaucoup d’autres : les chutes de LaJMotte à ce théâtre furentplutôt la faute de la musique que des paroles ; car ceux memequi ont le plus contesté à notre académicien le talent de lapoésie, lui ont accordé celui de la poésie lyrique , soit quel’équité les y forçât, soit qu’ils ne crussent pas lui faire ungrand présent. Le présent était néanmoins plus flatteur qu’ilsne pensaient. Despréaux et Racine , en affectant de mépriserce genre de mérite , avaient essayé vainement d’y atteindre ;ou si l’on veut , d’y descendre ; l’harmonie qui nous enchantedans les vers, était, si on ose le dire, trop forte et tropnourrie, pour pouvoir être transportée dans des ouvrages des-tinés au chant ; il ne faut à des vers de cette espèce que le de-gré d’harmonie nécessaire pour que la mélodie musicale puisses’y joindre sans donner de la dureté à l’ensemble, et sans enfaire une espèce de charge qui affaiblisse l’expression en l’exa-gérant. La poésie lyrique exige donc une certaine mollesse dansles idées , dans les images , dans les expressions, dans la mesureet la cadence des vers, dans leur rhythme et dans leur mélange ;elle exige même dans l’arrangement des syllabes une heureusecombinaison de longues et de brèves, nécessaire pour que lechant ne soit pas forcé de s’assujétir à une marche trop lente outrop rapide. Aussi le talent de la poésie lyrique, quoique très-inférieur sans doute à celui de la grande poésie, n’est, pas beau-coup plus commun, parce qu’il se forme de plusieurs qualités dusecond ordre, dont l’accord se trouve rarement dans le poète audegré juste, pour que ses vers soient cliantans sans être tropsonores , et faciles sans être lâches (5).

La Motte eut l’avantage de réunir ces qualités. Il en eut unplus grand encore : c’est d’avoir été à l’Opéra le créateur detrois genres ; celui du ballet dans VEurope galante ( car lesballets de Quinault, si supérieur dans les tragédies lyriques,étaient au-dessous du médiocre ), celui de la pastorale dans Issé ,où respire cette sensibilité douce et recueillie , si propre à cegenre d’ouvrage ; enfin celui de la comédie-ballet, dans le Cai-naval et la Folie. On peut, il est vrai, critiquer cette dernièrepiece, car le Carnaval y est toujours de mauvaise humeur, et laFolie, dont la gaieté le désespère , y est supposée fille du dieudes richesses, qui ne doit guère engendrer qu’une folie triste ;mais si le sujet de l’opéra prête à la censure, du moins les dc-

tran-c du dictionnaire de l’Academie, qui sera vraisemblablement changée hla première édition; il me semble que la prononciation exige cette ortho-graphe.