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tails des scènes sont pleins de cette finesse ingénieuse , que l’au-teur savait mettre dans tous ses ouvrages.
On peut être étonné qu’après tant de succès au théâtre ly-rique , La Motte , qui a tant écrit sur l’ode, sur le poème épique,sur la. fable, sur la tragédie, n’ait rien écrit sur l’opéra. Personnen’avait plus de droit de donner des lois, et comme auteur sou-vent couronné , et surtout comme créateur. Mais cette supério-rité même a été la cause de son silence. Dans les autres genresde poésie, ses succès furent très-disputés; à l’Opéra ils n’ontpoint eu de contradicteurs , et l’auteur n’a point été obligé dejustifier ou de réclamer les suffrages par de subtiles apologies.On ne plaide guère devant le public que les causes perdues, oudu moins équivoques , et l’on se met peu en peine d’étayer sondroit par de froids préceptes , quand on se sent en état de ga-gner son procès par des exemples.
Au milieu de ses triomphes accumulés , La Motte en désiraun autre. Il donna un volume d’odes, qui eurent d’abord ungrand nombre de panégyristes et quelques censeurs, et qui bien-tôt après eurent beaucoup de censeurs, en conservant quelquesapologistes. Elles étaient pleines d’esprit et de raison; mais laraison , et l’esprit même, sont pour des odes un léger ornement.Dans celles de La Motte les images étaient rares , le colorisfaible, et l’harmonie souvent négligée. L’auteur, suffisammentaverti par sa propre conscience des qualités qui lui manquaient,quand même la critique n’aurait pas pris le soin officieux del’en faire souvenir, disait, pour justifier la dureté qu’on repro-chait à ses vers , qu’un poète n’était pas une flûte. Cette plai-santerie , si même elle en mérite le nom , ne donnait pas à sesodes ce que l’imagination et l’oreille y désiraient. Aussi furent-elles bientôt effacées par celles du célèbre Rousseau, qui peut-être avec moins d’esprit que La Motte, avait bien plus quelui le talent de la grande poésie, l’art de mettre les vérités enimages , l’oreille sensible et sévère, enfin cet heureux choix demots, si essentiel à la versification , et surtout à celle de l’ode ,dont l’orgueil rejette encore plus ce qui est commun dans lesexpressions que dans les idées.
Néanmoins, quand les deux rivaux sollicitèrent ensemble uneplace à l’Académie, La Motte fut presque unanimement préféréà Rousseau (6) , par la raison , très-essentielle pour une sociétélittéraire, qu’il avait mérité des amis, et que Rousseau n’euavait pas un. Le caractère dur et altier de ce poète repoussaittous les gens de lettres ses confrères, et la supériorité de sontalent ne les lui ramenait pas. Mais si on était dispensé de l'ai-mer, on ne l’était pas d’être juste (7).