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Tome troisième.
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12.6 * ÉLOGE

détails, la langueur de la versification , qu’on avait si ridicule-ment comparée à celle de Racine, la faiblesse de la marche ,de la plupart des caractères , et surtout des derniers actes , onttellement ralenti les premiers applaudissemens donnés à cettepièce, qu’elle a presque entièrement disparu de la scène, oùelle s’était montrée d’abord avec tant d’avantage.

Il y eut, dans les représentations de cette tragédie, une sin-gularité remarquable ; le rôle du jeune Macchabée, à peine sortide l’enfance, fut rempli avec succès par le fameux Baron , pres-que septuagénaire (9) ; la supériorité du jeu de cet acteur célèbrefit presque évanouir une si étrange disparate ; ses talens opé-. raient le même prodige dans le rôle du Menteur, où il plaisaitencore à soixante-quinze ans, et lorsqu’il disait à son valet :

Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier ?

le public, toujours tenté de rire à ce vers, se contenait par res-pect pour lui.

Encouragé par le succès des Macchabées, La Motte donnabientôt après la-tragédie de Romulus(10) ; mais pour cette fois ilétait plus aguerri, et osa se montrer à découvert à la haine , quin’en fut pas plus heureuse dans ses attaques. Romulus eut encoreplus de succès, ou du moins plus de représentations que lesMacchabées. Si cette tragédie a peu réussi dans ses reprises, ilfaut en accuser le Brulus de Voltaire, qui l’a fait oublier, parcequ’avec un sujet à peu près du même genre, cette dernière piècea Rien plus de force , de grandeur et d’effet, et surtout cettemagie de style , qui charme également les spectateurs et leslecteurs

La fortune d’Inès de Castro fut plus brillante encore que celledes Macchabées et de Romulus; mais de plus elle a été constanteet durable , car elle s’est soutenue avec éclat jusqu’à nos jours.On a donné à cette tragédie, l’une des plus intéressantes quisoit au théâtre, un éloge que peu de pièces partageront avecelle ; c’est que presque tous ceux qui la virent dans sa nouveauté,ne purent se contenter de la voir une fois, effet bien natureld’un ouvrage si touchant, où ce que les anciens ont appelé lapitié tragique, est porté à son comble , sans aucun mélanged’horreur qui rende ce sentiment cruel ou pénible. Dans Inès,l’âme du spectateur est profondément contristée ; mais la dou-leur qu’elle éprouve lui laisse une impression également forte et

1 Lorsque Voltaire eut donne cette tragédie de Jirutns, qui d’abord eutpeu de succès , Fontenellc, qui en avait fait une sur le même sujet quaranteans auparavant, lui conseilla de renoncer à la tragédie, à laquelle il n’étaitpas propre. Voltaire donna Zaïre l’année suivante.