128 ÉLOGE
Sa Vanité n’est point offensée de Ja méprise dont on lui faithonte, parce que cette méprise avait pour objet une supérioritéde talent, qu’il est plus content encore de nier que d'applaudir;et il remercie intérieurement la satire qui, en frondant ses pre-miers éloges, vient, pour ainsi dire, lui rendre ce qu’il avaitpayé. Il est vrai que les satires à’Inès eurent bientôt le justesort qui est si ordinaire à cette malheureuse espèce d’écrits ,mais qui ne dégoûtera ni d’en faire , ni d’en lire ; elles se pré-cipitèrent les unes sur les autres dans l’oubli qui les attendait,et laissèrent surnager la pièce , à peine effleurée de leurs traits jle Français, dit très-bien l’abbé Dubos , ne méprise pas toutce dont il rit. Mais cette multitude bénévole , toujours si clair-voyante sur les dangers de la vanité, n’était pas fâchée que LaMotte vît l’éclat de sa gloire utilement tempéré par quelquesmomens salutaires de mortification ; et les détracteurs d’Inèsfaisaient à peu près la fonction de ces soldats romains qui , ensuivant le char de triomphe de leur général, chantaient contrelui des couplets satiriques, que la populace était ravie d’entendre,ïnême en criant vive le triomphateur. La Motte se trouva unjour dans un café , au milieu d’un essaim de ces bourdons lit-téraires qui déchiraient son ouvrage et ne connaissaient pointl’auteur. Il les écouta tranquillement, et après un long silence,allons donc, dit-il à un ami qui l’accompagnait, allons nous en-nuyer à la cinquantième représentation de celle mauvaise pièce.Et dans une autre circonstance ou quelqu’un lui parlait desnombreuses critiques qu’on avait faites de sa tragédie : il estvrai, répondit-il, quon l’a beaucoup critiquée, mais en pleurant.
Pour abréger la liste des succès de notre académicien , nousne parlerons point de quelques comédies qui furent aussi très-bien reçues , entre autres le Magnifique, qui, joué supérieure-ment dans sa nouveauté par Dufresne, plaît encore aujourd’huipar la finesse des détails et l’agrément du style (12). Malgré ledéchaînement que La Motte a essuyé de la part de la critique ,nous sommes forcés de négliger dans son éloge quelques par-celles que nous aurions soin de recueillir , et peut-être d’enflerdans l’éloge de beaucoup d’autres.
Les auteurs dramatiques , dont la carrière est une espèce deguerre continuelle , ne peuvent , non plus que les générauxd’armée, espérer une fortune inaltérable et sans revers. LaMotte donna , trois ans après Inès , une tragédie d’ OEdipe, quin’eut que quatre ou cinq représentations. Il fit ce même OEdipeÆ n prose après l’avoir mis en vers ; et ce fut à cette occasionqu’il osa risquer son système , si ingénieusement soutenu et sivivement réfuté , sur les tragédies en prose (i 3 ). Ses principales