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Tome troisième.
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DE LA MÔTTE. 129

raisons étaient, que des tragédies écrites de la sorte se rappro-cheraient infiniment plus que les tragédies en vers , de la sim-plicité et de la vérité de la nature ; qu’un auteur tragique, dé-livré de la contrainte de la versification, serait obligé , pourdédommager les spectateurs de la poesie dont il les aurait prives,de mettre dans son ouvrage plus de mouvement et de vie ; qu’onne lui permettrait plus une seule de ces scènes languissantes ,qu’on essuie et qu’on pardonne par la seule crainte de rebuterles écrivains dramatiques , si on exigeait d’eux qu’ils fussent àchaque moment et sans relâche , intéressans et poètes tout à lafois ; qu’on avait cru d’abord de la comédie comme de la tra-gédie , qu’elle ne pouvait être qu’en vers ; mais que Molière, parles chefs-d’œuvre comiques qu’il avait osé écrire en prose, avaitforcé le public à revenir d’une prévention si contraire à sonpropre plaisir; qu’il en serait de même de la tragédie, si quel-qu’un avait le courage de hasarder en ce genre des efforts heu-reux ; enfin , que la loi imposée aux poètes tragiques d’écrireen vers, peut écarter de cette carrière des génies rares, qui ,ayant reçu de la nature, dans un degré supérieur, le talent dela tragédie, celui de disposer le sujet avec art, de l’intrigueravec intérêt, de le conduire avec chaleur, n’auraient pas aumême degré le talent de la versification , ou même en seraienttotalement privés. On répondait à La Motte , que la tragédie nedoit pas être la représentation exacte de la nature ; qu’une tellereprésentation exciterait souvent l’horreur et le dégoût, plutôtque la sensibilité et l’intérêt ; que le plaisir du spectateur con-siste même en grande partie à sentir qu’il n’assiste qu’à unereprésentation , et non pas à la chose même; qu’il y a beaucoupmoins d’inconvéniens à se rapprocher davantage de la naturedans la comédie , parce qu’on n’y a point à craindre , commedans la tragédie , l’effet du' sentiment pénible que produirait unereprésentation trop semblable à l’objet ; que le charme de laversification est meme un moyen de détromper le spectateur,s il était tente de prendre 1 action theutrale pour la réalité ; quepar cette douce magie 1 émotion est temperée au point oii ellele doit etre pour cesser d etre importune , et pour n’être plusqu’agréable ; que d’ailleurs l’harmonie des vers est une sourcedu plaisir que le spectateur goûte, ou qu’il espère , à la repré-sentation des ouvrages tragiques, et qu’il ne faut point lui ôter;qu enfin la liberté d’ecrire en prose né rendrait pas les tragédiesplus intéressantes, mais contribuerait seulement à multiplier lestragédies mauvaises ou médiocres; et qu’au lieu de gagner parcette licence quelques bons ouvrages, on inonderait le théâtred une foule d’avortons indignes de l’occuper.

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