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Tome troisième.
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j3o éloge

Telles étaient Ips raisons qu’on apportait de part et d’autre ;raisons d’après lesquelles presque tous les gens de lettres ont pro-noncé en faveur des vers, quoique tant de versificateurs, quidans leurs productions rimées se montrent si bien nés pour laprose, paraissent intéressés à lui donner la préférence. La Motte,tenant d’une main ses ingénieuses dissertations contre les tragé-dies en vers, et n’ayant de l’autre que son malheureux Œdipeen prose pour appuyer par des exemples l’étrange nouveautéqu’il proposait, a eu le sort de ces avocats qui, après avoir plaidéavec beaucoup d’art une affaire litigieuse, perdent leur procèspar la faiblesse des pièces justificatives qu’ils produisent en leurfaveur (i/j). La question, ainsi décidée par le fait, semble l’avoirété sans appel ; et le triste succès de notre académicien dansle genre qu’il osait hasarder, a entraîné la proscription dugenre qui, dès ce moment, a été regardé comme interdit à per-pétuité pour ses successeurs. Il faut ajouter pourtant que l’ar-rêt rendu contre le projet de La Motte fut sans préjudice desépigrammes que l’exécution valut encore à l’écrivain. On le com-para au. renard qui a la queue coupée, et qui conseille aux re-nards ses confrères de se débarrasser de la leur ; et cette foulede juges inexorables, aussi ardente pour les nouveautés que sé-vère pour ceux qui osent lui en offrir, voulut jouir tout à la fois,dans sa justice distributive, du plaisir de décrier en même tempsle genre, la pièce et Fauteur.

Si La Motte ne fut pas accueilli dans ses assertions sur les tra-gédies en prose, il le fut encore moins dans ce qu’il écrivit contreles vers (i5). Le vice dominant de sa nouvelle hérésie sur ce su-jet , c’est d’avoir cru que le mérite des pensées dispensait decelui de l’harmonie; à peu près comme si l’on prétendait qu’ilest indifférent d’exécuter un air de musique sur un instrumentfaux ou sur un instrument bien d’accord , et d’oublier la me-sure en chantant, ou de l’observer avec scrupule. La Mottesemble avoir voulu apprécier la poésie, comme le géomètre me-sure les corps, en les dépouillant de toutes les qualités sensibles ;mais le géomètre qui en use ainsi fait son métier, et le poète quiveut l’imiter, fait tout le contraire du sien. Aussi les sophismesde cet intrépide novateur, espèce de sourd qui niait le senti-ment de l’oreille, n’ont dégoûté de la versification , ni les bonspoètes, ni même les mauvais. Zénon niait l’existence du mou-vement , Platon se promena devant lui ; Zénon continua dedogmatiser, et Platon de se promener sans lui répondre.

La Motte fut encore moins heureux dans son Iliade que dansses paradoxes anti-poétiques. Il écrivit, comme l’on sait, contreHomère , mais ce ne fut pas son plus grand tort ; ce fut de le