DE LA MOTTE. i 3 i
traduire en vers français (16). Il avait attaqué le sujet, la marcheet l’ensemble-de l’ Iliade avec beaucoup d’esprit, souvent mêmeavec beaucoup de raison et de goût; il ne rendit pas assez dejustice aux beautés sublimes qui assurent à ce poème le suffragede tous les siècles ; il sut encore moins faire passer ces beautésdans sa traduction; il substitua un squelette décharné au pré-tendu monstre qu’il avait voulu combattre ; il avait su faire rirele public aux dépens de ses adversaires , il leur prêta le.flanc entravestissant maladroitement l’objet de leur culte , admirableen effet à tant d’égards ; la diversion puissante qu’il leur facilitapar cette faute, fit presque oublier tous ses avantages ; et VIliadeen vers français consola madame Dacier, que la réponse de LaMotte à ses critiques avait rendue ridicule. Cette réponse char-mante , pleine de sel et de grâce, offrait partout le contraste leplus piquant avec les raisonnemens puérils, l’enthousiasme pé-dantesque, et les invectives grossières de cette femme savante,qui n’attaquait son adversaire qu’avec de l’érudition et du fiel,et à qui il n’opposait que de la logique et de la gaieté. Alcibiade ,avait dit madame Dacier, donna an grand soufflet à un rhéteurrjui n avait point les ouvrages A Homère ; que ferait-il aujour-d'hui à un rhéteur qui lui lirait /'Iliade de La Motte ? Heureu-sement, répondit le paisible philosophe , quand je récitais àmadame Dacier un des chants de mon Iliade, elle ne se souvintpas de ce trait d’histoire. Il comparait les injures dont elle l’a-cablait, à ces charmantes particules grecques qui ne signifientrien , mais qui ne laissent pas , à ce quon dit, de soutenir etd’orner les vers d’Homère. Il ajoutait que ces injures avaienttoute la simplicité des temps héroïques, et toute l’énergie de celleque se prodiguent les héros de /'Iliade. Aussi disait-on que ma-dame Dacier traitait son adversaire à la grecque, et que sonadversaire en usait avec elle à la française. Mais La Motte, siattaché par goût à la prose, aurait dû dans celte dispute s’entenir à la sienne; il eut le malheur d’appeler à son secours cettepoésie qu’il avait tant décriée , et qui , comme par représailles ,l’abandonna plus que jamais dans ce moment critique. Il res-sembla à un général habile , mais imprudent, qui, faisant avec-avantage une guerre savante de campemens et de manœuvres ,voudrait ajouter à ses succès celui d’une action décisive en ba-taille rangée, et perdrait par sa défaite tout le fruit et toutl’honneur de sa campagne.
5 Ses .fables, qui parurent quelques années après son Iliade ,n’essuyèrent guère moins de critiques (17). On y a loué l'inven-tion des sujets, la justesse et souvent la finesse de la moralité.On a prétendu que La Fontaine même n’avait pas ce mérite