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Tome troisième.
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132 ÉLOGE

autant que La Motte; mais le grand, le vrai mérite d’unefable , c’est Yart de la narrer et de l’écrire, et voilà où La Fon-taine est inimitable. Dans ses fables, les beautés semblent êtreéchappées au poète sans qu’il y songe , et presque sans qu’il lesache ; dans celles de La Motte , les beautés , car pourquoi dis-simuler qu’il s’y en trouve de plus d’un genre ? ont presquetoujours un air pensé, qui décèle le soin et la recherche. Onpeut juger de la différence des deux écrivains par celle mêmede leurs fautes , comme l’observait de Mairan , qui , malgrél’anathème lancé par tant de poètes contre la géométrie , prenaitquelquefois la liberté de raisonner avec finesse et avec justessesur les ouvrages de goût ; toutes les fautes de La Fontaine , di-sait-il , sont en négligente , toutes celles de La Motte en affec-tation. Il est pourtant arrivé à des hommes de beaucoup d’espritde s’y méprendre. Un illustre écrivain fit tomber dans ce piègetoute la Société du Temple, en lui récitant une fable qu’ildonna pour être de La Fontaine, et qui fut reçue avec trans-port. Messieurs, leur dit-il, quand ils furent bien las d’ap-plaudir, la fable est de La Motte. Malgré les défauts de cedernier, jetons un moment les yeux sur cette multitude defables imprimées depuis quarante ans, et dont les auteurs ontvoulu se glisser entre La Fontaine et lui, car ils sont tous assezmodestes pour ne pas disputer la première place à La Fontaine :et sans ôter à leurs ouvrages ce qu’ils peuvent avoir d’estimable,osons demander au public quel est celui qui a déplacé La Motte.Ajoutons cependant que la plupart de ces écrivains ont laissé LaMotte bien loin derrière eux, non dans leurs fables, mais cequi est plus aisé, dans leurs préfaces, sans compter la décisionirréfragable d’une nuée de journaux en leur faveur. Nous neparlons ici que des fabulistes qui jusqu’à présent se sont montrésau jour. Il en est un que le public désire ardemment d’y voir pa-raître ; les applaudissemens qu’il a si souvent reçus dans les séancesde l’Académie, sont le gage de ceux que seslecteurs 1«: préparent.

On peut, d’après une règle aussi sûre que facile, apprécierle mérite poétique de La Motte. Veut-on savoir si des vers sontbons? qu’on se demande si on voudrait les retenir quand on lesa lus ; malheur à ceux qui ne soutiendraient pas la question !On sait par cœur , même sans les chanter, plusieurs morceauxdes opéras de notre académicien ; on cite avec éloge plusieurs deses fables , on en sait plusieurs vers , quelques uns même ont faitproverbe,

II vaut mieux plaire que servir.

L’ennui naquit un jour de l’uniformité. w '

La haine veille, et l’amitié s’endort.....